Origine de la langue tsigane

Lorsque les Tsiganes, partis de l’Inde, et après des étapes en Perse et de longs séjours dans l’Empire byzantin, arrivèrent, entre 1417 et 1418, en Europe occidentale, ils suscitèrent une curiosité intense.

Et dès lors, ces tribus colorées, là où elles passaient avec leurs musique leurs danses, leur vêtements rayés, leurs physionomies étranges, le mystère que les entourait, apportaient de nouvelles images à l’Occident.

Mais de ces gens que l’on appelait Égyptiens, Bohémiens ou Sarrazins, à l’époque de la Renaissance, on ne savait encore que peu de chose. Le géographe Sébastien Munster (né à la fin du XV siècle et mort en 1552) leur consacra tout un chapitre dans sa Cosmographie universelle imprimée à Bâte – œuvre qui eut un succès considérable. Ces vagabonds intriguaient par leur don des langues, car ils parlaient aisément l’allemand en Allemagne, l’italien en Italie, le français en France, et ils avaient leur propre langage. Mais, pour Sébastien Munster, ce langage n’était qu’un jargon incompréhensible, forgé comme l’argot des classes dangereuses.

Au milieu du XVIe siècle, des érudits commencèrent à comprendre qu’il s’agissait d’une langue véritable. Des ressemblances remarquées par des voyageurs entre certaines langues de l’Inde et des parlés tsiganes mirent sur la bonne voie des auteurs qui s’intéressaient aux prétendus Égyptiens.

À la fin du XVIIIe siècle, le mystère était élucidé. La théorie de l’origine indienne était exposée presque en même temps par deux Allemand et un Anglais. De multiples travaux au cours du XIXe siècle confirmèrent cette thèse. La langue tsigane est une langue de l’Inde ; par son vocabulaire et sa grammaire elle se rattache au sanscrit et elle est proche parente des langues vivantes du même groupe, comme l’hindi, le marathe, le cachemiri. Au fonds indien se sont ajoutés des vocables empruntés aux pays où les nomades avaient vécus. Leur lange s’enrichit de mots iraniens, et surtout, au cours des siècles passés dans les terres byzantines, de mots grecs. Les dialectes employés par les Tziganes d’Europe occidentale en contiennent une assez forte proportion ; quelques-unes ont conservé aussi un certain nombre de mots slaves et des mots roumains. Une enquête minutieuse sur le vocabulaire des Gypsies du pays de Galles montre que bien plus de la moitié des mots non anglais qu’ils utilisent est d’origine indienne, près d’un dixième d’origine grecques, un vingtième de provenance iranienne et autant de provenance slave; viennent ensuite quelques mots roumains, germaniques et français.

Sur le problème des origines tsiganes, les linguistes sont maintenant d’accord avec les ethnologues et les historiens. Mais sans doute, à ces clartés un certain public continuera de préférer d’anciennes fables, d’imaginer encore les Tsiganes comme les fils de peuplades perdues citées par Hérodote, les descendants directs des sujets des pharaons ou les survivants des Atlantes

(Extrait de la revue mensuelle Vie et Langage)

langue tsigane

La langue tsigane, est-elle la langue des Atlantes ? Illustration : © Megan Jorgensen

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