Fusée chinoises

Il y a plus de dix siècles apparaissaient les flèches à feu chinoises

Les applications militaires de la fusée sont très antérieures non seulement aux premières réalisations de l’astronautique, mais aux premières suggestions à cet égard. Il est difficile de répartir équitablement entre la Chine et Byzance le mérite de cette application de la poudre à la propulsion, car on la trouve dans les textes où l’on ne distinguait pas avec précision l’effet incendiaire, l’effet explosif et l’effet propulsif de cette poudre. On admet généralement que la fusée est antérieure au canon et qu’elle remonte aux artificiers chinois.

Le feu grégeois, utilisé comme arme incendiaire, apparaît dès les premiers siècles de notre ère. On ajouta rapidement aux différents combustibles, goudrons, poix, naphte, soufre, etc., entrant dans sa composition, du sel marin, qui ne servait guère qu’à donner une flamme plus éclatante, puis un carburant, le salpêtre, qui apportait de l’oxygène et permettait la combustion en l’absence de l’air.

L’effet propulsif de tels mélanges, qui ne sont plus des poudres, mais des produits pâteux pas très différents du salpêtre malaxé avec du caoutchouc synthétique des plus récents propergols solides, dut se révéler très tôt. Marcus Graccus décrit déjà des artifices « capables de s’élever sur le sol ou de l’élever en l’air ».

Le premier texte chinois certain se rapporte au siège de Pien-king par les Mongols en 1232. Les défenseurs utilisèrent des « flèches à feu volant », où l’on demandait à la poudre à la fois l’effet propulsif et l’effet incendiaire.

Les textes arabes sur les « flèches chinoises », la « neige chinoise » (salpêtre) se multiplient au XIIIe siècle, en même temps que la poudre et la fusée apparaissent en Occident sous une forme très voisine de celle qu’elles ont conservée jusqu’au début du XXe siècle.

Aux XIVe et XVe siècles, alors que la métallurgie livrait difficilement des tubes à la fois légers et sains, la fusée résista fort bien à la concurrence du canon. Vers la fin de la guerre de Cent Ans notamment, les fusées incendiaires étaient tirées par milliers, aussi bien lors des batailles en rase campagne que dans la guerre de places, où on les employait à la fois contre les villes assiégées et les machines de guerre de l’assiégeant.

Le déclin de la fusée peut être daté assez exactement. Il est contemporain du triomphe de l’artillerie française contre les enceintes de villes et les châteaux forts, au début des guerres d’Italie, dans une mission à laquelle la fusée ne convenait pas. La maçonnerie s’écroulait sous les coups répétés des bobulets. À la muraille verticale de la unification dominante succédèrent les ouvrages rasants, qui subsistèrent jusqu’aux premières années du XXe siècle. Mais jusqu’à une époque récente, la fusée ne reprit jamais la place qu’elle avait perdue. Le bref épisode, au XIXe siècle, des fusées à la Congreve (officier anglais inventeur de fusées qui portèrent son nom) montre toutes les difficultés que rencontre un changement d’armes, même si ses promoteurs débutent par des succès incontestables (v. aussi Larousse, « Fusées et Astronautique »). 

France Journal, vendredi 15 décembre 1966

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« Je ne sais, si, un jour, la science s’achèvera; ce que je sais, c’est qu’elle n’est pas achevée ». (Henry Ey). Image : © Megan Jorgensen

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