Timidité

Disposition émotivo-affective qui se manifeste dans les rapports interhumains par l’inhibition des conduites sociales normales ou par la production de conduites inadaptées. La timidité est une forme d’hyper-émotivité. Le plus souvent, elle s’inscrit dans le cadre de l’hyperémotivité inhibante, chez des sujets à tendances vagotoniques.

H. Wallon considère les manifestations de timidité comme un trouble des « réactions de prestance », la fonction de prestance répondant « aux dispositions réflexes qu’éveille la présence d’un autre, source de risques ou d’éventualités variables auxquels il faut être prêt à réagir instantanément. »

Dans un groupe ou en présence d’une personne qui l’impressionne tant soit peu, le timide garde le silence ou bien il freine autant qu’il le peut l’expression de ses pensées et de ses sentiments. Cette inhibition se marque jusque dans la correspondance. S’il est contraint de parler ou d’agir, on observe alors souvent un ensemble de signes qui traduisent une émotion exagérée : contenance hésitante, incertaine, « tremblement ou manque de sûreté dans les mouvements, … désordre des fonctions posturales, … hypertonie, dystonie, asynergie » (H. Wallon), bégaiement, troubles de l’élocution avec leur cortège habituel de manifestations neurovégétatives (rougeur du visage, sudation, mydriase).

Sous sa forme la plus pure, la timidité est une disposition caractérielle, constitutionnelle. R. Le Senne classe la timidité parmi les sentimentaux dont il présente les dispositions spécifiques : émotivité, inactivité et secondarité ; il est très sensible à l’action des autres et plus facilement entraîné par elle que par sa détermination propre ; il est de plus soumis et résigné. Son type biologique est le type du rétracté.

Mais à côté de cette timidité constitutionnelle, coexistant souvent avec elle, il existe une timidité acquise provoquée ou du moins fortement exagérée par l’action de divers facteurs psychologiques : c’est, avant tout, l’éducation qu’il faut alors incriminer et l’enquête montre toujours que le sujet a vécu sur un mode anormal les contacts sociaux essentiels de son enfance : il a été surprotégé par des parents qui décidaient de tout à sa place, ou découragé par un suradultisme familial au contact duquel la sensibilité ne pouvait s’épanouir librement, ou bien encore on l’a mis trop tard à l’école, on l’a empêché de fréquenter les enfants de son âge. Parfois, on trouve une véritable arriération affective, bien que celle-ci se traduise plus souvent par d’autres tableaux cliniques.

Dans presque tous les cas, la timidité contracte d’importants rapports avec les sentiments d’infériorité et de culpabilité.

Du point de vue thérapeutique, il est extrêmement important de faire d’abord, pour chaque cas, une estimation aussi exacte que possible de la part respective des facteurs constitutionnels et acquis. La timidité caractérielle est essentiellement justiciable de la rééducation : celle-ci  s’efforce de resocialiser le sujet, d’accroître progressivement l’autonomie de ses réactions et leur harmonie, en le soumettant à diverses expériences de difficulté croissante. Un traitement médicamenteux freinateur de l’hypermotivité peut être également utile, surtout pendant la durée de cette rééducation : antihistaminiques, belladonne, ou bellafoline chez les sujets inhibés, teintures végétales (cratégus, passiflore, valériane, ballotte) et chez l’enfant, le bromure de calcium seront préférés aux barbiturates qui donnent d’assez mauvais résultats chez ces sujets déjà inactifs. Contre la timidité acquise, due à des facteurs psychologiques, la psychothérapie et parfois la psychanalyse seront employées avec succès (v. Psychothérapie infantile). La plupart des cas étant d’ailleurs assez complexes, les traitements mixtes seront souvent les plus efficaces.

J. – M. Sutter

timidité


« La timidité est le résultat de l'opinion généralement exagérée qu'on se fait du mérite des autres. » (Gérard de Rohan Chabot, comte, né en 1930 et décédé en 1992). Image : © Megan Jorgensen

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