Tic

Définition : Le tic est un geste bref « en éclair », répété involontairement sans nécessité objective, et accessible à la conscience. Il reproduit en général, soit un mouvement réflexe, soit un geste automatique remplissant, dans des conditions normales, une fonction précise.

Formes cliniques : Les modalités du tic varient à l’infini. On peut les classer selon les automatismes sur lesquels ils sont greffés :

- Clignement des yeux, écarquillement, froncement des sourcils ;

- Reniflement, froncement du nez ;

- Lèchement des lèvres, des dents, aspiration par un coin de la bouche, mâchonnements, crachotements, tous, raclement de la glotte ;

- Regard jeté de côté ou vers le haut ;

- Haussement d’épaule ;

- Dégagement de la tête hors du col, etc.

Il y a des formes intermédiaires sans limites nettes, entre le tic proprement dit (en éclair), des gestes compulsionnels plus complexes (grattage des cheveux, du visage, manipulations du nez, rectification de la cravate, des vêtements, sucement de pouce, onychophagie, etc.), et d’autre part aussi, les rythmies névrotiques (roulement de la tête chez les nourrissons).

En général, pour un même sujet, il y a un tic dominant, bien systématisé. Ses manifestations varient suivant les conditions émotionnelles : il s’intensifie dans les situations difficiles et disparait dans la détente et l’aisance.

Mais un tic donné est susceptible de se déplacer, d’investir des gestes et fonctions voisines, de se généraliser. Dans des cas rarissimes, décrits par Gilles de La Tourette, sous le nom des « maladies des tics convulsifs », on voit les tics se multiplier, s’associer à d’autres troubles compulsionnels (coprolalie) et à un mimétisme incoercible (échominie, écholalie); il s’agit d’une maladie évolutive, dégénérative se terminant généralement dans la démence.

Après Charcot, Brissaud, Cruchet, ce sont H. Meige et Feindel, qui ont donné des tics l’étude la plus complète; elle est restée classique.

Psychopathologie. – L’état psychologique du tiqueur est apparenté de très près à celui de l’obsède : le tic se présente à lui comme un mouvement parasite qu’il s’interdit et dont il est le plus souvent honteux. Il s’impose d’autant plus impérieusement que le sujet est observé et qu’il lutte.

L’étude de la situation psychologique révèle toujours un conflit névrotique, le plus souvent un conflit familial, dont l’élément essentiel est l’insatisfaction affective : le tiqueur est souvent un enfant unique (dans 1/3 des cas, d’après Rouart), couvé par une mère trop préoccupée ; ou bien il souffre d’une éducation trop sévère qui suscite la révolte ou encore il éprouve douloureusement la rivalité d’un frère ou d’une sœur.

Régulièrement aussi, le tic traduit l’agressivité contenue (« obéissance-révolte ») et la culpabilité (le tic irrite l’entourage et suscite des sanctions). Le sujet a, d’ailleurs, toujours une personnalité narcissique dont le comportement n’est pas encore totalement dégagé du stade anal ou y régresse brusquement au cours d’un conflit : plusieurs observations (celle de Rouart notamment) montrent bien comment le tic apparaît après la répression de l’onanisme par intimidation. Il est ainsi des cas privilégiés où sa signification est indiscutable (tic du regard dans le voyeurisme, tic de négation, etc.) Certains psychanalystes y voient à la fois le besoin de manifester la révolte et la recherche de satisfactions auto-érotiques (notamment quand l’œil et le nez sont la cause).

Données étiologiques. – Aussi n’est-on pas surpris de voir les tics apparaître au cours de la période dite de « latence », entre 5 ans et la puberté, et plus fréquemment chez les garçons. Comme pour toutes les réactions névrotiques, on peut toujours déceler une prédisposition constitutionnelle : hyperémotivité, tendances compulsionnelles, instabilité.

Certains auteurs invoquent un trouble mésocéphalique, rapprochant ainsi le tic du torticolis spasmodique et d’autres troubles dystoniques.

Dans certains cas rares, une irritation locale (conjonctive) peut être à l’origine du phénomène (clignement) : le tic se présenterait alors au début comme un réflexe de défense qui peut ultérieurement persister par substitution des stimuli à titre de réflexe conditionnel.

Pronostic et thérapeutique. – Beaucoup de tics de la 3e enfance disparaissent sans lendemain au cours de l’évolution spontanée du sujet, avant qu’aucune thérapeutique n’ai été entreprise.

Mais il est des cas rebelles ou récidivants. Il faut d’abord éliminer avec soin tous les facteurs neurologiques possibles (irritation locale, affection mésocéphalique). S’ils sont inexistants, c’est à la psychothérapie qu’il faut s’adresser : la connaissance exacte des conditions psychologiques du milieu familial permettra d’y déceler les facteurs pathogènes, de conseiller les parents, d’indiquer au besoin l’éloignement de l’enfant pendant quelque temps et son placement dans un milieu favorable.

Chez des adolescents et des adultes jeunes, la psychanalyse serait théoriquement indiquée. Mais beaucoup de sujets reculent devant une entreprise aussi importante et préfèrent s’accommoder de leurs tics qui n’entraînent qu’un handicap léger.

Les sédatifs, les reconstituants vitaminés et reminéralisants et l’hydrothérapie, sont des adjuvants utiles.

Th. Kammerer

la mer

« La mer isole de tout et dispense des sensations qui n'ont rien à voir avec les tics nerveux citadins. » (Jacques Sternberg, réalisateur belge, né en 1923 et décédé en 2006, Vivre en survivant). Image : © Megan Jorgensen

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