Stéréotypies

Fixation dans une formule invariable de certaines attitudes, de certains gestes et de certains actes, de certaines expressions verbales, prolongés ou répétés inlassablement, sans but utile. On peut distinguer :

1) Des stéréotypies d’attitudes, le sujet se tenant indéfiniment dans des positions parfois très inconfortables, souvent paradoxales : accroupissement, station sur la pointe du pied (en échassier), tête renversée, poings crispés ou faisant toujours la même grimace.

2) Des stéréotypies souvent incompréhensibles à première vue ou se rapportant à un acte logique en soi, mais inadéquat aux circonstances du moment; se frotter le genou, se moucher indéfiniment, grincer des dents, s’épiler la barbe ou les cheveux.

3) Des stéréotypies d’actes plus complexes : se lever ou s’asseoir de telle manière, balayer sans arrêt et sans raison, faire toujours le même trajet, pratiquer certains rites de table ou de toilette, tous actes ayant un sens en soi, mais sans indication d’utilité.

4) Des stéréotypies verbales : répétition du même mot, du même lambeau de phrase, par la parole ou par l’écriture; litanies interminables, intoxication par le mot, graffitis ou épitres indéfiniment renouvelés.

Fixité, durée, identité, inutilité et inadéquation aux circonstances : tels sont les caractères majeurs communs à ces manifestations. Mais le groupe des stéréotypies comprend des faits assez disparates et qui n’ont pas un mécanisme pathogénique univoque. Leur étude commencée par Falret à propos de certains délires (1864), continuée par Kahlbaum, en 1874, à propos des manifestations motrices de la catatonie, a été complétée par de nombreux travaux (Dromard, Rostroem, Neisser, X. Abély, Klaesi, Kleist, Guiraud). Nous devons à ce dernier auteur une revue très complète et une analyse très pénétrante et de tous ces faits. Il s’agit parfois de gestes ou de propos ayant une signification à l’origine, mais qui se sont automatisés, ayant vidé leur « contenu idéo-affectif »  (Dromard, X.Abély). Dans d’autres cas, il s’agit de gestes ou de propos symboliques plus ou moins contractés et dont le sens échappe à première vue. Le repli dans l’autisme, une pensée « déréelle » qui a perdu le contact avec la réalité ont permis d’expliquer certaines stéréotypies ; des atteintes purement neurologiques peuvent donner la clef d’un autre groupe de désordres stéréotypés (idioties, démence de Pick, atteintes sous-corticales de l’encéphalite, des pseudo-bulbaires, etc.).

Revue clinique

  1. Dans les délires chroniques, l’apparition de stéréotypies est particulièrement intéressante; elles ont souvent à leur origine la signification des gestes de défense, de compensation, ou de symbolisation; incompréhensibles parfois à première vue, ces gestes d’apparence sybilline ou ces phrases et ces néologismes dus à des télescopages et des contractions d’expression peuvent, par une analyse attentive, livrer le thème délirant. En règle générale, à la phase d’involution du délire qui tend à s’assoupir et à s’appauvrir, la stéréotypie verbale ou motrice s’automatise et se mécanise de plus en plus.
  2. Dans la démence précoce, surtout dans ses aspects hébéphréno-catatoniques, les stéréotypies d’attitudes, de gestes sont fréquentes, variées et intéressantes à observer; les unes sont simples et se présentent sous forme d’habitudes complexes : façons de se tenir, de marcher, de faire certains circuits, etc. D’autres traduisent des phénomènes plus profonds de la sphère instinctive et s’expriment par des attitudes extravagantes, des blocages catatoniques, un maniérisme singulier, des mimiques figées dans des expressions invraisemblables : yeux au ciel, protrusion des lèvres ou de la langue. Ces dernières formes à type de persévération sont souvent, comme le faisait remarquer Giraud, accompagnées du trouble du tonus musculaire (spasmodicité) et de désordres neurovégétatifs. On a même décrit au niveau des articulations bloquées ou des poings fermés des manifestations rappelant les troubles psychiopatiques du type Babinski-Froment.Alors que toutes les autres séries de stéréotypies correspondent à des agénésies, des évolutions de lésions incurables, celles de la démence précoce peuvent subir des variations de la maladie et, dans les formes légères au début, on peut assister à leur agression spontanée ou thérapeutique, ce qui avait fait parler de pseudo-stéréotypie.
  3. Stéréotypies des déments organiques, en particulier dans la maladie de Pick, ou l’appauvrissement du fonds mental est particulièrement accusé. Dans les démences séniles ordinaires, le rabâchage, l’attachement à certaines habitudes ne doivent pas être pris comme de vraies stéréotypies.
  4. Certaines atteintes sous-corticales (encéphalites épidémiques, pseudo-bulbaires, parkinsonisme) provoquent des stéréotypies motrices et surtout verbales, dont la palilalie et certaines autres itérations sont des manifestations typiques : elles ont une signification nettement organique.
  5. Monotypies ou tics des idiots consistent en gestes ou en grossières pulsions instinctives.
  6. Les phénomènes de persévération, d’intoxication par le mot ou par le geste, fréquents chez les aphasies peuvent être considérés comme un aspect un peu particulier de stéréotypie, généralement associés à des symptômes de la série aphaso-apraxie. Le mot ou le geste répété a alors une valeur substitutive pour masquer l’impuissance d’évocation de ces sujets.
  7. Dans certaines affections méningocérébrales (paralysie générale, méningites chroniques diverses), on peut observer des mouvements automatiques répétés et inutiles tels que le grincement de dents, le mâchonnement, la déglutition ou de pauvres stéréotypies verbales.
  8. Certains auteurs (Guiraud) rapprochent des stéréotypies les plaintes monotones et les attitudes prolongées des mélancoliques; ces litanies délirantes qui traduisent un état affectif permanent peuvent disparaitre avec la guérison, peuvent aussi se cristalliser et prendre un caractère de fixité invariable dans le sens de la négation et de l’énormité du syndrome de Cotard.
  9. On peut en approcher d’autres manifestations d’ordre affectif : certaines explosions verbales indéfiniment répétées, surgies à l’occasion d’un choc émotif et dont le destin est attaché à l’évolution de la psychose réactionnelle (v. Catatonie, Délires chorniques, Démence, Persévération, Itérations, etc.).

Ant. Porot

stéréotypie

Une stéréotypie, c'est fixation dans une formule invariable de certaines attitudes. Image : © Megan Jorgensen

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