Sevrage

Expérience appliquée aux toxicomanies et désignant soit la suspension forcée et accidentelle de la substance toxique, soit la suppression volontairement et délibérément recherchée d’une servitude tyrannique.

1. Le sevrage forcé. – Il est réalisé soit par une panne dans le ravitaillement en drogue nocive (morphine, héroïne, cocaïne, etc.), soit à l’occasion d’un accident ou d’une maladie qui prive le sujet de ses moyens d’action habituels (alcooliques hospitalisés, par exemple).

Chez l’alcoolique fortement imbibé, le sevrage forcé peut s’accompagner de désordres physiologiques (agitation, insomnie, anxiété onirique) et peut même provoquer l’explosion d’un accès de délirium tremens. On les combattra par une strychnothérapie intensive (10 à 20 mg par jour); on a aussi préconise les injections intraveineuses d’alcool dilué à 30%.

Chez les intoxiqués de l’opium ou de ses dérivés (morphine, héroïne), les accidents du sevrage brusque et forcé peuvent être alarmants. En quelques heures, le sujet développe une anxiété croissante, terrible, qui lui dictera les réactions les plus diverses : grande agitation, attaques hystériformes, parfois réactions impulsives et violentes. Très vite s’ajoutent des désordres neurovégétatifs sérieux : vomissements, diarrhée, sueurs, troubles respiratoires, douleurs ostéocopes ou algies violentes et, surtout, collapsus circulatoire pouvant aller jusqu’à la syncope mortelle. Si la vie est vraiment en danger, on pourra faire une piqûre de morphine que le malade réclame du reste à cor et à cri, mais on évitera de donner l’ordonnance qu’il sollicite. On le dirigera  sur un service ou un établissement spécialisé dans les cures de désintoxication.

2. La cure de sevrage. – Elle est parfois sollicitée par le toxicomane lui-même; mais c’est dans un moment de détresse, alors qu’il est en panne de ravitaillement ou en difficultés avec les siens ou la société. Il faut alors se méfier de sa sincérité; ce qu’il veut le plus souvent, c’est un secours immédiat, une piqûre ou une ordonnance en échange d’une promesse de cure. Le résultat obtenu, on ne le revoit plus; il manque au rendez-vous.

En certains pays, les toxicomanes tombent sous le coup de lois spéciales qui permettent leur séquestration et leur traitement prolongé. En France, de telles dispositions n’existent. Par la loi de 1838 et le placement d’office ne peuvent être appliqués qu’en cas de manifestations délirantes ou de crises d’agitation. Une hospitalisation simple peut aussi être tentée à cette occasion, mais dès que le sujet recouvre son calme et sa lucidité, il réclame et exige une sortie qu’on ne peut légalement lui refuser.

D’une façon générale, il n’y a pas de sevrage possible en cure libre, pour les grands intoxiqués de la morphine, de l’héroïne, de la cocaïne, du chanvre et de ses dérivés. Le médecin qui s’y prêterait en serait pour ses frais et pour sa confusion. Il faut un isolement rigoureux et prolongé dans un service ou un établissement vraiment spécialisé, avec un médecin  très entraîné, un personnel sûr et bien en mains. Le sevrage se fait soit brusquement avec surveillance sérieuse du collapsus circulatoire possible, soit par la méthode lente à doses progressivement décroissantes, soit par la méthode dite rapide, qui diminue la dose initiale de moitié chaque jour et dure de cinq à dix jours.

Les accidents que nous avons signalés à l’occasion du sevrage forcé se voient dans la méthode brusque et rapide. Des méthodes adjuvantes aident à franchir ce cap très douloureux. La psychothérapie a un rôle déterminant pendant la convalescence qui doit être prolongée plusieurs mois. Sevrer n’est rien, consolider est tout. Le toxicomane sevré garde longtemps une grande fragilité soit du fait d’une constitution psychonévrotique ancienne, soit de la faiblesse morale et de l’anxiété qui le handicapent longtemps. C’est ce qui explique la très grande fréquence des récidives, même après une cure de sevrage bien conduite. Il faut se préoccuper des conditions du milieu que le sevré va retrouver à sa sortie.

Magnan voulait une cure d’un an pour tous les grands toxicomanes.

En Italie, on a préconisé récemment sous le nom de cure d’annihilation les électrochocs en séries rapprochées, - 2 à 3 séances par jour pendant trois à quatre jours. Avec la mémoire, le sujet perd l’idée de sa drogue : mais cette cure qui réussit parfaitement dans les intoxications mineures peut être dangereuse dans les grandes intoxications par la morphine et l’héroïne (accidents bulbaires).

On a préconisé l’emploi des neuroplégiques pour calmer l’agitation anxieuse qui se manifeste si souvent au moment du sevrage (Cossa).

Rappelons qu’une cure de sevrage peut être légalement imposée par le juge d’instruction aux grands toxicomanes qui se sont mis en état de délinquance.

En ce qui concerne l’alcoolisme chronique, on utilise actuellement les « cures de dégoût » et de « déconditionnement » par l’apomorphine ou l’antabuse.

Il existe une loi concernant les alcooliques dangereux. Cette loi a prévu pour eux l’obligation de subir une cure de sevrage dans des centres thérapeutiques spéciaux et prévoit même des sanctions pénales s’ils s’y refusent.

Ant. Porot

courage et sevrage manque

« Le manque de courage n'est qu'un manque de bon sens. » (Georges Meredith, romancier et poète britannique. L'épreuve de Richard Feverel). Image : © Megan Jorgensen

À lire également :

Partager|