Sénescence

La sénescence est la perspective biologique sous laquelle apparaît dans son âge avancé l’homme conservant les attributs d’une santé normale.

Il ne faut la confondre ni avec la vieillesse (notion purement chronologique) ni, comme on le fait parfois, avec la sénilité (notion pathologique).

L’âge de son apparition est variable selon les sujets. Elle répond à des modifications progressives et généralement insensibles des activités physiologiques, tissulaires et métaboliques qui n’ont guère fait l’objet d’études systématiques (gériatrie) et où l’on se contente un peu trop sommairement de voir un processus d’usure.

Les effets de la sénescence sur le corps et sur l’esprit ne sont d’ailleurs pas fatalement parallèles.

Dans le domaine psychique, l’examen de la sénescence peut être abordé en confrontant ses déficits (aspect négatif) avec ses émergences (aspect positif) pour aboutir à une certaine synthèse.

L’aspect négatif est le plus communément décrit et souvent confondu avec l’involution dite présénile. Il pourrait se résumer, d’après Dublineau, en une baisse simultanée du tonus des moyens d’investissements (fonctions d’affirmation et d’adaptation) et des moyens de transport; le régime des « sources d’énergie » s’infléchit, les tendances à la conservation sont moins impérieuses et plus économiques, les seuils d’acuité sensitivo-sensoriels s’élèvent et favorisent l’isolement et la sédentarité, autotropisme des intérêts, tandis que les potentiels d’activité extérieure sont limités par les possibilités vasculaires.

L’aspect positif de la sénescence dérive, pour une part, de ces fléchissements : le tonus, moins dispersé, libéré en particulier des complications hétérosexuelles, peut s’investir dans les œuvres pures de l’intelligence et, en particulier, s’orienter dans le sens des fonctions de synthèse, de rationalisation (au détriment, d’ailleurs, des fonctions analytiques); le sujet voit de haut et de loin et accède plus facilement aux spéculations supérieures, à la « sagesse » intellectuelle et affective.

Mais on peut concevoir (Dublineau) cet aspect positif, pour une autre part, comme l’épanouissement qui prolonge l’âge de la plénitude, lequel succède à la résolution d’une crise climatique ou évolutive. Les instances neuves libérées de la crise (spiritualisation psycho-affective) sont en mesure de s’orienter sur le milieu et d’y investir; la socialisation qui en résulte retentit à son tour sur le sujet pour l’enrichir et lui offrir « des chances de renouvellement », ne fût ce que dans « l’art d’être grand-père ».

L’hygiène mentale de la sénescence doit s’inspirer de ces remarques. Elle préviendra ou retardera peut-être la baisse de tonus par l’hormonothérapie, la prophylaxie vasculaire, la préservation toxique et toxinique (Marchand). Elle favorisera l’économie de ce tonus par la réduction rationnelle des sources extérieures d’intérêt, tout en évitant l’inaction (danger de la « retraite »), soit par le choix d’une occupation compensatrice, soit, mieux encore, par un reclassement dans le métier. A. Feil a bien montré, du reste, que l’intérêt de l’individu ne s’oppose pas sur ce point à celui de l’économie sociale, car les travailleurs âgés dans l’entreprise compensent par la qualité de leur production et une meilleur utilisation de l’outillage la diminution de leur rendement quantitatif.

Il faut, d’autre part, empêcher l’isolement affectif, la rétraction et l’égocentrisme du vieillard pour tendre, au contraire, à la bonne intégration dans la famille, le clan, les générations montantes qui peuvent bénéficier (et la civilisation avec elles) de son expérience.

En effet, sur le plan affectif, Répond a souligné récemment certaines causes d’isolement moral et de fléchissement du vieillard : cessation de l’activité, dévalorisation sociale, atteintes à la sécurité moral et matérielle, rupture de liens affectifs irremplaçables. Il faut donc maintenir le plus de contacts possibles avec l’extérieur, l’isolement affectif et social étant le grand mal de la sénescence.

On ne saurait trop insister d’ailleurs (H. Meng) sur le fait que c’est, dès l’âge de la maturité, que se prépare une harmonieuse vieillesse par le maintien d’un bon équilibre entre une vie affective et sexuelle normale et une discipline corporelle et sociale qui puisse déterminer l’attitude spirituelle favorable de l’homme (comme de la femme), vis-à-vis de lui-même, au moment de la « crise ».

Ch. Bardenat

vieillissement

« Dès que l'on commence à épier son corps, le vieillissement a commencé.  (Claudette Boucher, Jamais plus les chevaux). Image : © Megan Jorgensen

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