Réticence

La réserve ou le silence que certains sujets opposent à l’interrogatoire au cours d’un examen peuvent être de causes et de degrés divers.

La timidité et l’hyperémotivité peuvent être seuls en cause, créant une inhibition momentanée que la mise en confiance peut dissiper.

Parfois, un sentiment de gène ou de honte bloque les aveux : c’est le cas de certains obsédés à sexualité anormale. Le médecin averti, après avoir soupçonné le trouble profond et sa nature, peut, par son tact et bienveillance, provoquer la confession nécessaire.

Une réticence plus ou moins complète s’observe souvent chez  des schizophrènes repliés dans leur autisme, opposant aux contacts extérieurs leur indifférence quand ce n’est pas une bouderie hostile.

Certains états affectifs cristallisés sur un sentiment prévalent qui domine le comportement du sujet peuvent commander la réticence. Tout entière aux exaltations de sa vie intérieure, celui-ci s’oppose à des investigations qu’il considère comme indiscrètes. Mais cette concentration aboutit souvent à la formation d’un délire que sa charge affective même fera exploser tôt ou tard. C’est le cas de certains mystiques, érotomanes, idéalistes passionnés au stade de formation de leur psychose.

C’est dans les délires chroniques que la réticence acquiert sa signification la plus nette de refus volontaire et systématique. Quelques délirants dissimulent leur délire par prudence, soit au début de leur maladie dans la phase d’inquiétude, soit plus tard après hospitalisation nécessaire; ils pensent ainsi hâter leur sortie.

Il faut faire une place à part à certains paranoïaques persécutés, méfiants et hostiles qui se tiennent sur leurs gardes et ne veulent pas laisser entamer leur conviction délirante. Ils peuvent parfois se laisser surprendre à un premier examen quand ils ne sont pas avertis de la qualité de l’interrogateur ; par la suite, ils se renferment dans un mutisme absolu. Leur attitude, leur regard hautain et méfiant doivent donner l’éveil ; parfois une réponse caractéristique : « Vous le savez mieux que moi » a la valeur d’une révélation. C’est dans ces cas que le délire peut passer inaperçu pour des profanes même après une conversation prolongée.

Mentionnons aussi la réticence que certains mélancoliques délirants ou présentant des idées de suicide peuvent manifester, cachant systématiquement leurs conceptions pour endormir la vigilance de l’entourage et mettre plus facilement leurs projets à exécution. Il faut savoir se méfier du sourire paradoxal de certains mélancoliques.

Il serait abusif de ranger dans la réticence les dénégations ou le mutisme que l’on rencontre chez tous les opposants ou les négativistes (catatoniques, grand anxieux ou mélancoliques) ; le refus de parler fait ici partie du blocage général de l’activité. Enfin, on ne prendra pas pour une simple réticence le reniement systématique que certains sujets ont pu avoir de leurs désordres.

Il convient enfin de faire une place aux réticences que certaines familles apportent au cours d’un interrogatoire ; par aveuglement sentimental ou par orgueil déplacé, elles cherchent à minimiser ou à dissimuler les désordres et les troubles du comportement du malade induisant ainsi le médecin en erreur.

Certains inculpés soumis à une expertise se refusent à parler ou se montrent très réticents. La conduite à tenir est délicate. En pareil cas, le recours à la subnarcose au pentothal a rendu de grands services.

En psychiatrie courante, M. Beaudouin a préconisé l’emploi de l’injection intra-veineuse de 2 cc d’une solution d’orthédrine à 5%. Le mutisme et la réticence seraient levés de façon quasi constante par ce procédé.

Ant. Porot

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Il faut savoir se méfier du sourire paradoxal de certains mélancoliques. Image : © Megan Jorgensen

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