Réformateurs

Les idées délirantes réformatrices figurent à titre accessoire dans de nombreuses psychoses (états maniaques, schizoïdes, délire hallucinatoire chronique, etc.), en liaison avec des pulsions variées (hostilité, euphorie, mythopathie).

Aux lisières du pathologique, certains déséquilibrés plus ou moins pervers, quand ce ne sont pas de simples tricheurs, surtout dans les époques décadentes des civilisations, suscitent des « mouvements » prétendus esthétiques, artistiques, littéraires se flattant de bousculer l’ordre établi, de corriger le style de vie de leur temps et contaminent certains milieux ou certains groupes, recrutant généralement leur adeptes dans la jeunesse (oisifs, bohèmes, étudiants ou se disant tels).

Mais on groupe essentiellement sous le nom de réformateurs une série de paranoïaques, généralement délirants à idée prévalente ou idéalistes passionnés (Dide), qui se proposent de transformer la société dont la structure blesse leur susceptibilité, heure leur sensibilité, contrarie leurs ambitions.

Les uns portent leurs efforts sur l’ordre social proprement dit, soit pour le détruire (anarchistes), soit pour abolir la tyrannie (régicides), soit pour édifier une construction nouvelle (utopistes); les autres s’intéressent spécialement à la religion (mystiques).

Ils se caractérisent tous par le fanatisme de leurs opinions ; leur altruisme, souvent de façade, cache mal l’égocentrisme qui s’est hypertrophié avec la vanité à l’occasion d’une « injustice » personnellement subie.

Anarchistes et régicides ont été « persécutés » avant de se faire les persécuteurs agissants des personnages qui symbolisent pour eux le vice à détruire. Les exemples historiques ne manquent pas de ces déséquilibrés lucides (Salsou, Louvel, etc.) que la fausseté de leur jugement conduisent aux actes homicides. Leur carrière mouvementée souligne habituellement une inadaptation sociale fondamentale.

Les utopistes qui foisonnent dans les époques révolutionnaires et auxquels appartiennent certains noms connus (Saint-Simon, Fourrier, Prud’hon, etc.) obéissent aux mêmes tendances paranoïaques : également mécontents de ce qui existe, imaginatifs et pénétrés de la mission rénovatrice qu’ils se donnent à eux-mêmes, frappés de quelque idée simple qu’ils feront souvent partager à des disciples, ils s’essaient à rédiger des constitutions (telles le Contrat social de Rousseau), des mémoires, des projets philanthropiques, fondent des associations, etc. Ils sont plus rarement persécutés d’emblée et ne se livrent pas, en général, à des actes violents, mais ils peuvent en inspirer.

Dans le groupe des paranoïaques mystiques, laïcs ou religieux, il est aussi des revendicateurs persécutés-persécuteurs ne reculant pas devant l’homicide (abbé Verger) et qui s’opposent aux réformateurs pacifiques (parfois également utopistes), heureusement plus nombreux : prophètes inspirés, réincarnations du Messie, aspirants au martyre, inventeurs de dogmes nouveaux, fondateurs de sectes et de schismes baroques qui font à l’occasion quelque bruit (église méthodique française, évadisme, durandisme, etc.).

On se reportera pour les considérations médico-légales à l’article Paranoïaques.

Ch. Bardenat

reformateurs

Celui qui parle au nom des autres est toujours un imposteur. Politiques, réformateurs et tous ceux qui se réclament d’un prétexte collectif sont des tricheurs. (Emil Cioran, philosophe romain d'expression française, né en 1911 et décédé en 1995). Image : © Megan Jorgensen

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