Puérilisme mental

Syndrome décrit en 1903 par E. Dupré, puis par ses élèves et qui a fait, depuis, l’objet de nombreuses relations. Il est caractérisé par une régression apparente de la mentalité au stade de l’enfance, régression qui se manifeste, le plus souvent, de façon inattendue dans l’attitude, la mimique, le langage, les occupations du sujet qui traduisent la nature puérile des sentiments, des goûts, des tendances, des appétits (René Charpentier et Courbon, 1909).

Ce syndrome doit être distingué de certains états d’arriération ou de débilité mentale avec ou sans maniérisme puéril (Chaslin, Capgras).

1.Revue clinique. – Il a été rencontré dans des circonstances cliniques très diverses.

a) Puérilisme mental dans les états cérébro-organiques. – On l’a signalé dans les tumeurs cérébrales, en particulier dans celles de l’étage antérieur de la base du crâne (méningiome de la petite aile du sphénoïde) comprimant les lobes frontal et temporal, dans les rares cas d’abcès cérébral ou cérébelleux, enfin dans la paralysie générale, persistant même après traitement. Il n’est pas très rare chez les vieilles démentes d’asiles.

b) Puérilisme mental sénile. – C’est principalement la démence sénile qui le réalise le mieux. Encore faut-il ne pas appliquer l’étiquette de puérilisme à tous les états d’affaiblissement qui font dire d’un vieillard diminué qu’il est tombé en enfance. « Entre le retour à l’enfance des vieillards affaiblis et le puérilisme sénile n’existe qu’une analogie de mots ».

Chez les vieillards atteints de puérilisme démentiel, il y a en plus de cette minorité psychophysiologique toute une mimique spéciale, un maniérisme de langage et de jeu (la vieille aux poupées de Dupré), parfois sous-tendu d’excitation et de jovialité. Tout cela permet de parler de régression vraie de la personnalité psychique à son stade infantile.

c) Puérilisme accidentel et occasionnel. – Il se présente, le plus souvent, comme un phénomène pithiatique favorisé par le milieu et rendu plus facile par une suggestibilité anormale ; cette hypersuggestibilité est tantôt le fait d’une tendance mythopatique spéciale, tantôt un attribut secondaire de la débilité intellectuelle, tantôt enfin –cas plus intéressant – un moment dans l’évolution de certaines psychoses (suggestibilité des confus au réveil, des déments précoces au début).

Ce syndrome a été signalé maintes fois pendant la guerre de 1914-1918, chez des commotionnés ou des confus évacués sur l’arrière. Le personnel féminin et les autres malades s’amusaient à leur jeu et l’entretenaient inconsciemment. Une invigoration énergique et le changement de milieu en avaient vite raison.

Dans les milieux pénitentiaires, le puérilisme mental se présente comme un aspect de la simulation toujours suspect en raison des circonstances de son apparition. Mais il faut savoir qu’à côté de la simulation franche et totale, il y a des cas de sursimulation chez certains sujets tarés mentalement, par ailleurs, qui ajoutent à leur comportement habituel du maniérisme puéril.

Dans les cas précédents, il faut noter que le puérilisme mental apparaît toujours dans des circonstances difficiles de l’existence ou dans une situation critique qui commande une attitude de défense et de protection (menace de retour aux armées, incarcération).

II. Considérations pathogéniques. – Le puérilisme mental est en définitive un trouble de la personnalité antérieure, du stade de l’enfance. Guiraud, qui a repris l’étude de ces reviviscences, montre que la personnalité enfantine reparaît, non pas seulement sous forme d’images et de souvenirs comme dans les ecmnésies que l’on provoquait autrefois par la suggestion hypnotique (Pitres), mais resurgit de façon massive et globale (véritable « ecbiose », dit-il) : « Les événements infantiles n’ont pas été seulement conservés en tant que souvenirs isolés, mais ils ont gardé leur tonalité affective et leurs relations réciproques.
Dans les états organiques et dans les démences séniles, il y a une véritable régression, après dissolution définitive de la personnalité adulte. Dans les autres cas, il ne s’agit que d’une reviviscence, soit que le sujet, dans une situation vitale intolérable, repousse systématiquement le présent pour se rejeter dans une phase agréable antérieure de son enfance, soit qu’il s’agisse d’une dissolution fonctionnelle temporaire accidentelle (commotion, confusion mentale, perturbation émotive grave).

Ant. Porot

vieillards

« Le vieillard affaibli rappelle l’enfant par la versatilité capricieuse de l’humeur, la futilité et l’illogisme de ses joies et de ses colères, les manifestations instinctives et cyniques de son égoïsme, la matérialité de ses appétits » (Dupré). Image : © Megan Jorgensen)

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