Psychotechnique

Officiellement définie comme « l’application des méthodes de la psychologie expérimentale à la poursuite de fins pratiques dans toutes les sphères de la vie humaine, individuelle et sociale ».

Pratiquement, les psychotechniciens sont consultés dans deux catégories de cas :

Dans la première, il s’agit d’appliquer leurs méthodes à une fin concrète, telle que la publicité ou la signalisation routière. Dans le domaine du travail humain où ils jouent un rôle de plus en plus important, on leur demande de fixer les modalités les plus efficaces de l’apprentissage, de rationaliser les diverses activités professionnelles.

Dans une seconde catégorie de cas, il s’agit de classer des individus, de fixer par des cotations numériques leurs aptitudes et leurs capacités. Ainsi disposera-t-on d’une base  objective pour sélectionner les candidats en vue de tel ou tel métier (aiguilleur, chauffeur, pilote d’avion, ajusteur, etc.), ou pour donner aux adolescents et aux jeunes gens d’utiles conseils en vue de leur orientation professionnelle.

Enfin, il existe des cas complexes en les deux ordres de faits entrent en jeu ; exemples : valeur des témoignages en justice, tests de développement psychique chez les écoliers.

Méthodes utilisées. – Pour mesurer les processus et les fonctions psychiques, on se sert d’épreuves soigneusement standardisées, désignées sous le nom de tests. Les réponses à ces tests sont notées suivant un barème très strict qui doit permettre à des expérimentateurs d’aboutir à des conclusions identiques.

L’étalonnage du test doit se faire sur un grand nombre de sujets. On observe la répartition des notes obtenues par exemple sur mille individus; on repère les cotations données aux 250e, au 500e, au 750e sujet, ce qui donne 4 « quartiles » ; ou encore, les cotations données au 100e, 200e…, 900e, 1000e sujet, ce qui donne 10 « déciles »; ou enfin les notes obtenues chez le 10e, 20e, 30e,…, 980e, 990e, 1000e sujet, ce qui donne les « centiles ».

Ainsi la note d’un nouveau sujet peut permettre de le situer exactement dans un quartile, dans un décile, dans un centile déterminé. Pratiquement, on utilise maintenant des méthodes de classement tenant compte de l’écart de la moyenne (écart réduit – tétronnage).

Un bon test pour être « classant » doit donner une bonne dispersion des notes : les individus moyens sont les plus nombreux, mais les meilleurs et les plus défavorisés doivent apparaître par des réussites et des échecs patents. La courbe des résultats, déterminée en prenant les notes en abscisses et le nombre d’individus ayant obtenu chacune des notes en ordonnées, présente la forme d’une cloche (los de Gauss). Ainsi, en notant de 0 à 30, après avoir convenu que le résultat moyen était coté 15, la grande majorité des sujets obtiendra de 10 à 20 et un égal petit nombre se répartira entre 0 et 10 d’une part, 20 et 30 d’autre part.

Cette courbe représente, - il est bon de savoir, - la répartition des tailles des individus dans un groupe ethnique homogène d’un âge déterminé.

Si l’on place les individus les uns à la suite des autres, par taille croissante, la tangente au sommet des têtes forme une demi-ogive couchée dite ogive de Galton. Les notes des tests doivent également donner cette figure si on les classe selon ce second mode de cotations progressives.

Les résultats des tests doivent être interprétés à la lumière d’enquêtes statistiques très poussées, de la recherche de la valeur représentative d’un groupe de mesures, de la parenté entre diverses séries de mesures (indice de corrélation, etc.).

Ces méthodes ont permis une nouvelle analyse du psychisme; ainsi diverses épreuves correspondant les unes et les autres à une même « faculté » (mémoire, par exemple), sont réussies d’une manière très inégale par un même sujet. Ce qui montre que ces « facultés » (mémoire, attention, etc.) ne sont que des abstractions sans réalité.

Toutefois, on retrouve dans tous les tests un facteur, dit facteur g de Spearman ou d’intelligence générale (terme critiqué), qui semble commun à toutes les formes d’activité mentale.

Il existe d’autres facteurs généraux : facteur C ou « cleverness de Garnett » qui représente la rapidité, l’originalité mentale ; facteur W, de Webb, qui correspond approximativement à la maitrise de soi.

Les facteurs dits « de groupe » ne sont communs qu’à certaines catégories de tests. Exemples : facteur logique, facteur mécanique, facteur physiologique Webb, facteurs arithmétique, facteur musical, etc.

Cette analyse factorielle édifie donc une psychologie nouvelle qui s’appuie sur un appareil mathématique extrêmement complexe et qui voudrait se substituer à l’ancienne. Mais les divers auteurs ne se sont pas encore mis d’accord sur la méthode à employer (unifactorielle de Spearman ou multifactorielle de Thurstorne) et les applications pratiques (celles de Bonardelle, par exemple), pour la psychométrie ethnologique) ne paraissent pas encore très démonstratives).

Par contre, les résultats de l’examen psychotechnique dans l’industrie, l’aviation, etc., sont tout à fait remarquables : durée de l’apprentissage diminuée de 30 % dans la R.A.T.P., fréquence des accidents du travail réduite de 77,5 à 13,7 ; pourcentage d’accidents par conducteur et par an passant de 1,55 à 0,27, etc.

En psychiatrie, les méthodes psychotechniques ont largement fait leurs preuves dans la mesure du niveau mental chez les enfants (Binet et Simon sont d’ailleurs les fondateurs de cette science) et sont appelés à un développement certain.

Sans vouloir se substituer à l’art du clinicien, elles donneront à ce dernier des repères et des critères objectifs qui ne pourront que l’aider à analyser son malade, à suivre son évolution, à contrôler l’efficacité de ses méthodes thérapeutiques, à étendre le champ de la prophylaxie mentale.

H. Aubin.

pulsar

« Bien vivre, c'est avoir de la mémoire. » (Robert Escarpit, écrivain et journaliste français, né en 1918 et mort en 2000). Image : © Megan Jorgensen)

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