Psychopathologie des peuples primitifs

(texte publié dans le Manuel de Psychiatrie, paru en 1956 à Paris, ayant une valeur historique)

Les indigènes qui vivent encore à l’étape primitive se rapprochent encore dans une large mesure de la mentalité primitive.
Chez eux, les besoins physiques (nutrition, sexualité) prennent une place de tout premier plan ; la vivacité de leurs émotions el leur courte durée, l’indigence de leur activité intellectuelle, leur font vivre surtout le présent, comme les enfants. Sensations et mouvements résument le plus clair de leur existence et conditionnent leur comportement impulsif, « explosif et chaotique » (Spencer).

Leur idéation faite surtout d’images concrètes, à peine reliées par de fragiles liens logiques, se dissocie facilement et facilite la production d’illusions et d’hallucinations, mais elle ne permet l’édification que de thèmes délirants simples et peu variés.
Les processus d’expression faiblement soumis au travail de triage et d’inhibition du psychisme supérieur se rattachent visiblement aux manifestations dites instinctives ou prennent l’aspect de ces états « hyponoïques » (Kretschmer), tels que l’onirisme hystérique.

Les troubles mentaux, ressentis comme une transgression, évoluent habituellement par bouffées successives, entrecoupées de rémissions au cours desquelles ils sont reniés énergiquement (v. Reniement).

Pratiquement, on observe des syndromes très caractéristiques que l’on aura parfois quelques difficultés à situer nosologiquement : mais sans s’attarder à ce problème, parfois insoluble en vain, on fera encore œuvre utile en recherchant certaines étiologies particulièrement importantes :

1) Les syndromes. -  Les états de fureur, d’allure épileptoïde avec réactions extrêmement dangereuses, doivent être bien connus et dépistés dès qu’apparaissent certains signes prémonitoires : isolement, refus d’aliments, attitude, d’inquiétude, conservation ou recherche d’une arme, etc.

- L’onirisme terrifiant, qui se combine souvent au syndrome précédent, comporte un thème de prédilection : le scénario de la condamnation à mort avec exécution capitale imminente, parfois menace de castration. Le meurtre ou le suicide en sont la conclusion fréquente.
- L’onirisme terrifiant, qui se combine souvent au syndrome précédent, comporte un thème de prédilection : le scénario de la condamnation à mort avec exécution capitale  imminente, parfois menace de castration. Le meurtre ou le suicide en sont la conclusion fréquente.

2) Les  cadres nosologiques. – Citons la fréquence des états de débilité et des névroses (asthénie, anxiété, hypocondrie, troubles coenesthésiques, hystérie).

Les états dépressifs, souvent réactionnels (dépaysement, déception), peuvent comporter, à côté des réactions anxieuses habituelles, des raptus furieux inattendus. Il en est de même, à ce dernier point de vue, des manies les plus authentiques. La schizophrénie et les délires chroniques sont parfois difficiles à authentifier en raison de leur allure discontinue.

3) Les étiologies. – Il faut songer toujours à la trypanosomiase en cas de séjour en région où sévit l’endémie, à l’épilepsie, à la fragilité de la personne vis-à-vis de l’alcool et du pneumocoque, à l’importance du parasitisme intestinal. La neurosyphilis est maintenant démontrée chez plusieurs représentants.

Pratiquement, rapatrier tous les psychopathes, en dehors des cas aigus certains ; songer à leurs réactions explosives et exiger un nombre important de convoyeurs.

H. Aubin

psychopathologie

Il passait des névroses aux psychoses, des psychoses aux psychonévroses, de l’hystérie à la paranoïa et, de même que les braves gens qui se plongent dans un dictionnaire médical se découvrent tour à tour toutes les maladies, il trouvait, à chaque rubrique, des symptômes qui s’appliqueraient aussi bien à l’un qu’à l’autre de ses personnages. (Georges Simenon, Les scrupules de Maigret). Illustration : © Megan Jorgensen

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