Psychomotricité. Troubles et syndromes psychomoteurs

Fonctions psychiques et fonctions motrices sont les deux éléments fondamentaux de l’activité sociale et du comportement de l’homme. Toutes deux rudimentaires à la naissance évoluent pendant l’enfance et se développent, étroitement conjuguées d’abord, puis subissant des intégrations de plus en plus hiérarchisée et différenciées dans des secteurs perfeсtionnés. Mais les unes et les autres restent cependant soumises à des interactions réciproques qui, malgré leur spécialisation respective, maintiennent une solidarité profonde.

Ainsi que l’a fait remarquer Wallon : « Entre les conditions extérieures d’un acte et ses conditions subjectives le mouvement n’est plus un simple mécanisme d’exécution… Chaque étape, chaque degré de son organisation est l’expression immédiate des rapports qui se sont établis entre l’individu et le milieu… Il appartient à la structure de la vie psychique.

« Les progrès qu’a faits l’analyse clinique et physiologique du mouvement, ont montré, sous sa libre trajectoire et sa juste appropriation au but, le jeu complexe de fonctions que leur différenciation progressive dans l’espèce n’a fait que rendre plus étroitement solidaires et qui continuent d’intégrer en elles de réactions de base où s’expriment les possibilités les plus immédiates de l’activité psychique : équilibre et maitrise de soi, automatisme de posture et attitudes opportunes ou personnelles, degré énergétique de la tension musculaire, et disponibilités ou résistance offertes à l’activité psychomotrice ».  On désigne parfois sous le nom de « tension psychomotrice » cet état habituel de synergie tonique entre la vie affective et caractérielle d’une part et la motricité d’autre part. Il est intéressant d’étudier  les oscillations, les déviations et les anomalies de cette tension psychomotrice.

On désigne parfois sous le nom de « tension psychomotrice » cet état habituel de synergie tonique entre la vie affective et caractérielle d’une part et la motricité d’autre part. Il est intéressant et étudier les oscillations, les déviations et les anomalies de cette tension psychomotrice. Cette synergie psychomotrice se réalise dès la naissance, chez l’enfant qui vit dans un cercle tonique fermé dont il ne sort que par des décharges toniques réactionnelles ou par des phases de relâchement relatif ; ce n’est que plus tard, en vertu d’intégrations progressives et successives, que le cercle s’élargit et se différencie pour permettre toutes les réactions adaptatives au milieu, mais toujours dans une unité fondamentale. On peut voir au mot Relaxation les corollaires thérapeutiques que l’on a pu en tirer.

On conçoit donc que certains processus morbides, arrêts de développement, dégénérescence, traumatismes, inflammations puissent porter leur action nocive dans les deux secteurs et créer ce que l’on a appelé des troubles et des syndromes psychomoteurs, d’autant plus nets que l’on se rapproche davantage de l’enfance.

1. Troubles et syndromes psychomoteurs de l’enfant. – On peut les ranger en trois groupes de gravité décroissante.

1) Les gros déficits organiques : Ils sont en rapport avec de grosses détériorations cérébrales (agénésies, embryopathies ou encéphalopathies importantes) dans lesquelles des infirmités neurologiques grossières (diplégies, hémiplégies, choréo-athétoses (s’associent à une arriération mentale profonde pouvant aller jusqu’à l’idiotie. On peut y ajouter certains faits dans lesquels le gros déficit est d’origine endocrinienne (crétinisme, myxoedème, mongolisme). Ces cas sont étudiés ailleurs (Arriération, Idiotie, Imbécilité, Crétinisme, Myxoedème, Mongolisme).

2) Débilité psychomotrice. C’est entre 1909 et 1913 que Dupé, avec ses élèves, attira pour la première fois l’attention sur ce qu’il appelait la « débilité motrice » très souvent associée du reste à la débilité intellectuelle ; il parlait d’un état de déséquilibre moteur constitutionnel, soulignant les maladresses, els syncinésies, les paratonies, de ces jeunes sujets.

Cette notion nouvelle connut un succès mérité et fut confirmée par d’autres auteurs, dans des travaux ultérieurs.

Gourevitch et Ozeretski en 1930 étudiaient les constitutions psychomotrices en se basant sur les doctrines de Kretschmer.
Wallon, en 1932, donna dans les Annales médico-psychologiques une étude très détaillée de ces syndromes d’insuffisance psychomotrice avec les différents types qu’elle comporte.

De nombreux travaux se sont, depuis, attachés à la détection, à l’analyse et à la pathogénie de ces troubles psychomoteurs.

a) Analyse symptomatique. Leur symptomatologie motrice est constituée essentiellement par des maladresses, des dyspraxies et surtout des paratonies (signe du bras mort de Dupré, signe du sursaut de Stern) qui entravent l’exécution souple et correcte des mouvements, par quelques modifications des réflexes (réflex bridé) et des syncinésies diverses ; on a signalé aussi quelques cas d’écholalie ou d’échomimie.

Tous ces désordres peuvent être contrôlés à l’aide de tests de psychomotricité, les uns comme le test d’Ozeretski cherchant à déterminer un âge mental ; ce test, dont on a discuté la valeur a été révisé par Guillemain ; les autres sont des tests de performance (batterie de Walther, test d’Heuyer-Baille). Signalons aussi le test de Kwinte qui étudie les mouvements de la face, toujours solidaires, dans le désordre, de ceux des membres.

Le degré de retard intellectuel varie selon les sujets et le niveau mental est déterminé par les « tests d’intelligence ». Mais il peut y avoir dans quelques cas de petits syndromes d’insuffisance motrice chez des sujets d’un niveau mental normal parfois même supérieur. Le parallélisme psychomoteur de Dupré et Heuter peut parfois être pris en défaut.

b) Types cliniques. Wallon avait différencié un certain nombre de types basés sur la déficience de tel ou tel secteur moteur cortical, pyramidal ou extra-pyramidal, ayant chacun leurs caractéristiques motrices et mentales spéciales. Il distinguait, selon les appareils en cause :

c) – Type d’infantilisme moteur ne dépassant pas la motricité de la première enfance (Homburger) ; signe de Babinski, insuffisances posturales, syncinésies vicieuses, développement intellectuel lent et lacunaire.

- Type d’asynergie motrice et mentale qu’il imputait à la carence de l’appareil cérébelleux (oscillations, balancement, nystagmus) avec timidité et émotivité, troubles du langage, questions continuelles et sans suite ; pas de cohésion dans l’intuition.

- Type extra-pyramidal inférieur (parkinsonnien) assez rare.

- Type extra-pyramidal moyen avec attitudes contractées, repliées, rigides, voix rauque, aspect sournois, réactions d’opposition ; possibilités mentales pour les objets concrets, discipline difficile.

- Type extra pyramidal supérieur au sub-choréique. Instabilité d’attitude, trémulation de la langue, syncinésies en miroir, réactions vasomotrices et émotives, souvent intenses. Enfants impulsifs et excités dominés par une affectivité et des automatismes sans contrôle ; intelligence primesautière mas irréfléchie.

- Syndrome de débilité motrice et mentale de Dupré qu’il appelle « cortico-projectif » ; éléments pyramidal et frontal.

- Type cortico-associatif frontal tantôt pur, tantôt mêlé au précédent : exubérance, aisance et grâce des mouvements mais inutilité qu’on observe entre 4 et 5 ans, « simple arabesque fonctionnelle » ; regard à la fois vagabond et fixe contrastant avec l’incessante agitation ; physionomie vide d’expression, humeur parfois joviale (moria) ; pauvreté du langage, du vocabulaire, de la syntaxe ; absence de personnalité.

Cette classification de Wallon qui contient quelques cas de notre premier groupe, situés en dessous de la simple débilité, a suscité certaines critiques. Ajuriaguerre et Diatkine pensent qu’en dehors des grosses infirmités neurologiques, on ne trouve pas chez les simples débiles psychomoteurs de signes pyramidaux, pas de vrais signes de la série cérébelleuse ou sous-corticale (adiadococinésie, passivité, signes parkinsonniens). Il n’a du reste jamais été fourni de justification anatomique de cette conception organique. « Tous ces éléments négatifs, ajoutent-t-ils, nous font considérer la débilité motrice comme un syndrome ayant ses caractères propres. Il ne paraît pas possible de le réduire à un déficit instrumental lié à l’agénésie d’un système de projection ou d’un système sous-cortical particulier ».

Les mêmes auteurs, par contre, invoquent dans la pathogénie des désordres de maladresse, la possibilité d’un trouble du schéma corporel avec désorientation droite-gauche ; ils soulignent aussi le rôle d’une gaucherie méconnue ou contrariée.

3) Instabilité psychomotrice.

4) Troubles psychomoteurs d’origine affective. Les psychanalystes et les pédopsychiatres nous ont appris le rôle capital de l’affectivité dans l’évolution psychique et psychomotrice de l’enfant.

L’activité psychomotrice se transforme en activité intellectuelle par l’intermédiaire de l’émotion, mais de l’émotion à faible tension énergétique (Pommé).

De nombreux désordres psychomoteurs chez l’enfant reconnaissent cette origine affective, soit par défaut, soit oar excès d'inhibition provoqués par une trop forte charge émotive.

Dans certains cas, il est difficile de faire la part du déséquilibre émotif et du phénomène moteur.

Dupré avait déjà mis sur le compte du déséquilibre moteur certaines manifestations comme l’énurésis, les tics, des désordres phonétiques comme le bégaiement, des troubles choréiformes.

Aujourd’hui, on tend à donner une place plus importante dans leur genèse aux troubles de l’affectivité ; c’est le cas, en particulier, des gauchers « contrariés » si souvent bègues ou dyslexiques.

Cette catégorie de désordre psychomoteurs mérite toute l’attention car elle est justiciable d’une psychothérapie rééducative bien conduite.

II. Syndromes psychomoteurs de l’adulte. – Nous ne parlerons pas ici de tous les états de dissolution diffuse (coma, confusion mentale) qui entraînent une extinction plus ou moins complète, plus ou moins prolongée de la vie psychique et de l’activité motrice. On pourrait cependant retenir l’agitation délirante onirique de certains confus et les accès précursifs d’activité automatique des états seconds épileptiques. Ils sont étudiés ailleurs.

Retenons simplement sur le plan général les exaltations ou les ralentissements que peut subir l’activité psychomotrice dans certaines circonstances morbides. Tous ces états d’excitation psychomotrice ou d’inhibition psychomotrice ont été étudiés ailleurs avec les causes qui peuvent les engendrer, les formules qu’ils revêtent, les cycles évolutifs qu’ils parcourent.

Ces états comportent toujours une composante psychique et une composante motrice : la première pouvant aller de l’exaltation mentale la plus aiguë, comme dans la manie, jusqu’à l’inhibition psychique la plus profonde comme dans la mélancolie ; la seconde pouvant aller de l’agitation la plus violente et la plus désordonnée à la stupeur complète.

Plus intéressants sont les cas oû à un désordre moteur d’un type particulier et en quelque sorte spécifique, s’associe un courant mental de même orientation et de même signification : parkinsoniens avec leur bradycinésie et leur bradypsychie, leurs kinésies paradoxales associées à la palilalie : choréiques avec leur instabilité mentale et leur humeur variable ; in chorée de Huntigton est très souvent associée à des troubles psychiques.

La pathologie sous-corticale et diencéphalique est riche en formules de ce genre.

Enfin une place spéciale doit être réservée à la catatonie.

C’est à propos de la catatonie que H. Claude et Baruk avaient invoqué sous le nom plus limitatif de « troubles psychomoteurs » la mise en jeu « d’un appareil moteur infiniment plus coordonné, plus complexe et plus adapté que celui des autres système moteurs anatomiques connus ». (H. Baruk).

A côté de la catatonie, ils rangeaient dans ce groupe limitatif de syndrome psychomoteurs les manifestations motrices de l’histérie, ces dernières constituant une forme plus atténuée, moins massive, plus parcellaire et plus réversible aussi, la participation mentale y étant plus importante.

Ant. Porot

Image : © Megan Jorgensen

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