Prodigalité

La prodigalité réside dans la dissipation des ressources du sujet sans nécessité réelle. Elle représente une anomalie de l’instinct de conservation touchant aux objets de propriété et à l’épargne. Elle s’oppose trait pour trait à l’avarice et se rapproche dans une certaine mesure de la cupidité en ce qu’elle sert d’auxiliaire à la satisfaction d’une autre passion et ne trouve pas sa fin en elle-même.

Elle conduit parfois, surtout dans ses formes obsédantes, à la manie des achats (oniomanie) et à celle des cadeaux (donromanie), au collectionnisme, quand elle n’est pas, au contraire, une simple conséquence de ce dernier penchant pathologiquement développé

Elle est fréquemment le fait de débiles et s’associe toujours à d’autres anomalies instinctuelles dont les plus communes sont la vanité (étalage ostentatoire de luxe) ; l’appétit effréné de jouissance (joueurs, noceurs, ivrognes, lubriques, etc.).

Elle est d’observation banale et prend une valeur symptomatique au cours de certains états psychopathiques exaltant la tendance expansive. Elle annonce parfois ces psychoses. Elle extériorise l’euphorie du maniaque, du paralytique général. De tels malades prodiguent d’ailleurs plus de promesses que de dons réels. Ils offrent à leurs interlocuteurs ou à leurs correspondants l’or du Transvaal, le gouvernement d’un empire plus aisément que le somptueux déjeuner qu’ils oublient de prendre après l’avoir commandé.

La prodigalité considérée en elle-même, comme un aspect constitutionnel ou acquis du caractère, comme un élément du comportement est une disposition dommageable pour l’individu et pour la famille dont elle sacrifie sans scrupule la sécurité et le bien-être.

C’est à ce titre qu’elle suscite des mesures de protection d’ailleurs dérivées du droit romain. Ce sont l’interdiction et le Conseil judiciaire.

La tâche de l’expert commis en pareille matière est parfois difficile. Il s’attachera surtout à rechercher la réalité matérielle des dépenses faites (constatations personnelles, aveux de l’intéressé) à déterminer leur caractère futile, voire complètement inutile et leur répétition systématique, lorsque le niveau mental ne semblera pas notablement abaissé par ailleurs, ni le sens moral visiblement perverti.

Ch. Bardenat

prodigalité

L’avarice des pères prépare la prodigalité des enfants. (Honoré de Balzac, Le Contrat de mariage). Image : © Megan Jorgensen

À lire également :

Partager|