Prédisposition

Aptitude spéciale de certains sujets à présenter plus facilement que d’autres des désordres mentaux sous l’influence de causes diverses, généralement exogènes. Cette notion de prédisposition a joué un grand rôle étiologique autrefois; on y voyait un terrait préparé de longue date (Joffroy), une manifestation de dégénérescence héréditaire (Magnan, Rogues de Fursac, etc.). Il était courant d’admettre, par exemple, que seuls déliraient, à l’occasion d’une cause fortuite ou d’une infection, ceux que l’on appelait les « prédisposés ». Henri Ey a fait une critique assez juste de cette tendance à vouloir donner une valeur explicative à ce qui n’est qu’une constatation de fait.

Aujourd’hui, on cherche à mieux pénétrer le mécanisme du déclenchement des accidents mentaux : rôle direct des toxi-infections sur les centres nerveux, perturbation des métabolismes, le terrain n’intervenant qu’accessoirement dans la prolongation des désordres, ou la fixation des séquelles. De même, l’étude de la vie affective et la psychanalyse nous ont révélé le mécanisme psychogène de certains troubles psychonévrosiques attribuables à des perturbations affectives de l’enfance, alors qu’autrefois on se serait contenté de parler de « prédisposition névropathique ».

La prédisposition garde cependant un rôle assez important en pathologie mentale. La fréquence de la prédisposition a même été bien soulignée en ces dernières années à l’occasion d’études sur les psychoses dites « réactionnelles ».

Les faits cliniques imputables à la prédisposition ressortissent à deux groupes principaux :

  1. Prédispositions constitutionnelles innées et héréditaires. – On trouvera au mot Hérédité les conceptions actuelles sur cet important facteur et les différentes modalités sous lesquelles peut se présenter cette prédisposition héréditaire : directe, atavique, similaire ou dissemblable, etc.
  2. Il y a tout un groupe de prédispositions acquises, qu’elles le soient par adultération cérébrale au moment de la grossesse, de l’accouchement (embryopathies, traumatismes obstétricaux) ou par des encéphalites de l’enfance. On a beaucoup insisté en ces dernières années (Vermeylen, Courtois, etc.) sur le rôle de ces pyrexies de l’enfance dans l’éclosion ultérieure de désordres juvéniles (démence précoce). Tout ce qui peut faire fléchir la résistance cérébrale chez un sujet jeune ou adulte (traumatismes crâniens, alcoolisme, maladies infectieuses), peut intervenir comme cause prédisposante à l’éclosion ultérieure des troubles mentaux.

Il faudrait passer en revue aussi toutes les conditions de vie matérielle, morale ou sociales qui peuvent faire fléchir la résistance individuelle (consanguinité, enfants naturels, race, milieu social, facteurs climatiques, catastrophes, calamités publiques, etc.). Ce sont autant de facteurs de débilitation à mettre au rang de causes prédisposantes et favorisantes.

On a décrit aussi sous le nom de psychoses de sensibilisation (J. Lépine, Mlle Pascale) l’intolérance acquises par certains sujets vis-à-vis du moindre choc ou du moindre rappel émotif, ces derniers pouvant déclencher des accidents sérieux et excessifs par rapport à la cause occasionnelle, souvent minime (véritable phénomène d’anaphylaxie). On sait que, du fait de leur complexion et de leur constitution mentale, certains sujets orienteront leurs désordres vers telle ou telle formule de psychose.

Cette même notion d’orientation constitutionnelle fait que certaines races présentent, à l’occasion de facteurs déclenchants, des types de psychoses particuliers (fréquence des psychonévroses émotionnelles et anxieuses chez les Israélites, de certains raptus impulsifs chez les indigènes nord-africains ou les noirs).

Ant. Porot

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« La longue habitude de vivre ne nous prédispose pas à mourir. » Thomas Browne écrivain et médecin britannique. Image : © Megan Jorgensen

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