Psychasthénie

La psychasthénie est une névrose décrite par P. Janet et opposé par lui à l’hystérie sous la forme d’une entité clinique englobant l’angoisse, la phobie, l’obsession, ainsi que certains signes principalement subjectifs qui accompagnent en sourdine ces symptômes de premier plan : sentiments morbides tels que le sentiment d’étrangeté du monde extérieur et de sa propre personne, le sentiment de dépersonnalisation et la gamme des « sentiments d’incomplétude » ; préoccupations habituelles à base de doute, d’intérêt excessif à la santé, de péjoration de soi-même, de scrupule, de honte de soi ; impuissances psychiques, telles qu’aboulie, irrésolution, inhibition intellectuelle, timidité et angoisse sociale ; manies mentales (de la symétrie, du symbole, de la précaution, de la propreté, de la perfection, de conjuration superstitieuse); agitations soit mentales (réserve forcée, rumination mentale, abus de la pensée stérile), soit verbale (bavardage plus ou moins extériorisé), motrices (gestes et tics de défense), viscérales (émotivité sans cause extérieure). Toutes ces manifestations sont pleinement conscientes, augmentent dans l’attention à soi-même et se suspendent dans la distraction.

Certains de ces symptômes sont épisodiques, d’autres permanents et à rechercher, indiquent un caractère particulier, assez marqué parfois pour apparaître comme une « constitution psychasthénique ».

L’auteur les explique par une faiblesse plus ou moins congénitale de l’activité psychique, s’aggravant par l’épuisement qui amènent fatigues et émotions dépressives. Dans la hiérarchie des fonctions psychologiques, les fonctions supérieures, complexes et difficiles, c’est-à-dire exigeant une forte « tension psychologique », sont celles qui permettent au sujet de percevoir et d’agir sur lui. Elles se résument dans la « fonction du réel » et tiennent sous leur dépendance les fonctions inférieures plus automatisées. La psychasthénie est un trouble de la fonction du réel, à l’insuffisance de laquelle succède l’exercice exagéré des fonctions de moindre tension, capables de s’exercer de manière abstraite, sous forme de doutes, agitations, angoisses et ainsi que des idées obsédantes qui les expriment. Comme toutes les névroses, la psychasthénie serait « une maladie des fonctions », altérées dans leurs parties supérieures (arrêtées dans leur évolution), sans altération de leurs parties anciennes et fixées. Le terme de psychasthénie, devenu classique, a l’avantage de tenir compte de la parenté clinique des syndromes qu’elle assemble et du terrain constitutionnel qui les favorise. Mais l’interprétation donnée par Janet, apparaît aujourd’hui comme abstraite. Elle méconnait la psychogenèse individuelle qui relie ces symptômes aux influences infantiles et qui reste, conformément à l’enseignement de la psychanalyse, l’importance déterminante des conflits de la vie affective profonde.

A. Hesnard

psychasthénie

C’est précisément le problème de l’inadaptation de l’individu à la vie, au premier chef à la vie sociale, qui constitue le caractère le plus significatif, discriminant et central de la psychasthénie » (Nicolas Cornibert. Image : © Megan Jorgensen)

Voir aussi :

Partager|