Paranoïde

Expression utilisée en psychiatrie pour désigner des états psychopathiques qui rappellent par certains de leurs traits la paranoïa vraie, mais en diffèrent cependant par une structure moins bien organisée, une moindre cohérence, et une moindre logique des thèmes délirants, leur polymorphisme fréquent, leur retentissement plus rapide sur l’activité pragmatique et sociale et surtout, par des phénomènes dissociatifs constants et une évolution vers la désagrégation mentale plus ou moins rapide.

Cette évolution vers un affaiblissement intellectuel montre qu’on est en présence d’une psychose en marche, alors que le vrai paranoïaque garde longtemps une lucidité et une vigueur intellectuelle remarquables.

1er. Les délires du type paranoïde sont presque toujours mixtes (éléments hallucinatoires, interprétatifs, idées d’influence); ils sont souvent précocement incohérents et polymorphes : ce sont des idées de grandeur exprimées sans conviction, des thèmes de persécution qui paraissent laisser le sujet indifférent ou un véritable dévergondage imaginatif (H. Claude). Ces idées délirantes se fragmentent et s’enchevêtrent assez rapidement. L’activité délirante, incohérente dérive souvent de complexes affectifs et s’accompagne assez vite d’inadaptabilité sociale, de réactions impulsives.

Ces délires de forme paranoïde peuvent se rencontrer dans tous les états délirants quelle qu’en soit l’origine. Quelques-uns peuvent se manifester épisodiquement au cours des bouffées délirantes de certains débiles; d’autres apparaissent à l’état de séquelles à peu près stabilisées, après un processus encéphalopathique ou à la suite d’une confusion mentale passée à la chronicité. Les délires paranoïdes de quelques paralytiques généraux après paludothérapie sont un exemple de ces délires résiduels. Mais, en fait, c’est presque toujours à l’occasion d’un processus schizophrénique ou démentiel qu’apparaissent ces états paranoïdes.

2ième. Démences paranoïdes. Les délires du type paranoïde ont presque toujours pour aboutissant un état démentiel plus ou moins caractérisé, mais on peut se demander s’il ne s’agit pas d’un support démentiel d’emblée, d’un processus dissociatif qui imprimerait au délire ses caractères d’abâtardissement.

Dans l’ancienne conception kraepelinienne, la démence paranoïde représentait, après la forme hébéphrénique et la forme catatonique, la 3e forme de démence précoce. La conception bleulérienne de la schizophrénie (v. ce mot) fait une place importante à ces états paranoïdes et va quelquefois détecter très avant et très loin les premiers indices de la dissociation mentale. On les trouve dans des attitudes de bouderie, d’autisme méfiant et distant, dans une susceptibilité ou une irritabilité anormales, dans une rigidité intellectuelle ou affective qui ne sait pas se moduler sur les circonstances, tout autant et plus que sur des thèmes délirants panachés de persécution, de grandeur de revendication.

Pour Raviart et Nayrac, ce que l’on peut appeler la démence paranoïde n’est pas une entité clinique; il faut pousser plus avant l’analyse et chercher à discriminer les éléments constitutionnels et les éléments acquis. Pour ces auteurs, la plupart des démences paranoïdes sont les délires chroniques avec toute une variété originelle ou structurelle et secondairement disloqués.

Le diagnostic de démence paranoïde n’est donc qu’un diagnostic de syndrome qui, rarement, peut être le seul diagnostic possible. Il faut lui préférer le diagnostic plus complet de « délire systématisé secondairement dissocié, démence précoce chez un délirant, démence précoce chez un paranoïaque constitutionnel, etc. »

Quoi qu’il en soit de toutes ces conceptions ou discussions doctrinales, la structure paranoïde implique toujours un certain degré de dissociation et de désagrégation mentale, elle représente au sens jacksonien du mot un niveau de dissolution inférieur et comporte au point de vue pronostic une signification sérieuse, le plus souvent évolutive, plus rarement stabilisée.

Ant. Porot

paranoide

« L'activité paranoïaque critique est une force organisatrice et productrice de hasard objectif. (Salvador Dali, La conquête de l'irrationnel). Image : © Megan Jorgensen
 

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