Névroses infantiles

La connaissance des névroses infantiles est doublement importante : d’une part, parce qu’elles constituent l’amorce des névroses, et des grands déséquilibres chez l’adulte ; d’autre part, parce qu’elles sont faciles à détecter dans leurs causes profondes et assez aisément réversibles.

In convient de distinguer les manifestations apparentes et les racines profondes de ces désordres :

a) Les désordres apparents sont des troubles du caractère et du comportement marquant une inadaptation plus ou moins accusée : colère, agressivité, turbulence, indiscipline, ou bien des réactions passives ; caractère buté, renfermé, bouderie, rêverie, paresse, négligence, timidité, hyperémotivité, parfois dépression. Souvent aussi, inadaptation scolaire, hostilité et même révolte envers l’entourage, fugues, vagabondage, vols, etc. Il s’y ajoute parfois des manifestations physiques : énurésie, tics, bégaiement, accidents hystériformes.

La méconnaissance des vraies raisons de ce comportement névrotique fait appliquer à ces enfants les thérapeutiques d’inspiration organique parfaitement illusoires, qui font perdre un temps précieux.

b) Aussi y a-t-il intérêt à rechercher les racines de nature affective qui sont à l’origine de ces états névrotiques. Souvent, c’est l’arrivée d’une petite sœur ou d’un petit frère qui déclenche un accès de jalousie et la crainte d’être frustré de l’affection des parents. D’autres fois, les enfants ont peur d’être abandonnés et, devant une situation difficile qu’ils jugent intolérable, ils se réfugient au stade infantile, dans lequel ils s’étaient sentis parfaitement heureux. L’excès de dureté comme l’excès de tendresse de la part des parents peut provoquer ces réactions.

Le rôle du complexe d’Œdipe avec ses idées secondaires de culpabilité, de crainte de la castration, ne saurait être nié (v. Œdipe, Castration). De même, le sentiment d’infériorité vis-à-vis d’un membre de la famille, d’un camarade, peut déterminer des réactions névrotiques.Chez l’enfant plus grand, et au moment de la puberté, le narcissisme peut être en cause ; mais il y aura surtout des conflits sexuels parfois difficiles à débrouiller.

Les techniques psychanalytiques, si fécondes chez l’adulte, se sont souvent montrées insuffisantes chez l’enfant ; par contre, ces racines affectives peu profondément enfouies et qui viennent volontiers affleurer à la surface, peuvent être aisément mises en évidence par des procédés spéciaux et par des tests de projection : tests de Rorschach, modelage, jeux de guignol de Madeleine Rambert ; mais le dessin, surtout le dessin spontané utilisé pour la première fois par Heuyer et Mlle Mongenstern et reprise depuis par de nombreux auteurs, occupe parmi eux la place la plus importante ; le thème imposé le plus classique est « moi », « ma famille », « ma maison » (Mme Minkowska).

L’enfant, qui se prête volontiers à cette épreuve sans contrainte, arrive parfois à libérer un secret que l’on n’aurait pu obtenir autrement. Il y a dans certaines altérations du dessin de quelques membres de la famille (mains absentes ou disgrâce volontairement recherchée, par exemple), un symbolisme qui éclaire sur les sentiments profonds de l’enfant, mais l’interprétation en est parfois délicate et il faut se garder de déductions trop hâtives.

Cette épreuve permet « de libérer l’enfant de ses manifestations névrotiques, de trouver la racine secrète d’un symptôme évident en lui faisant prendre conscience patiemment de leur mobile réel, jusqu’alors inconnu de lui, et le plus souvent des siens, en intégrant dans le champ de sa conscience claire ce qui n’était alors qu’une force obscure (Maurice Porot). Voir aussi Psychothérapie infantile.

Ant. Porot

nevroses infantiles

La clé consiste à trouver la racine secrète d'un symptôme… Illustration : Megan Jorgensen

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