Ménopause

La ménopause et, au sens littéral du mot, l’arrêt définitif des règles chez la femme. Ce phénomène physiologique qui se produit, dans la moyenne des cas, entre 45 et 55 ans, est généralement le premier en date et aussi le plus frappant de ceux qui traduisent les processus d’involution à la fin de l’âge mûr et ont fait donner à cette période le nom d’âge critique ». Par un abus de langage, on a parlé aussi de ménopause chez l’homme ; en fait, s’il existe aussi pour lui un âge critique (Régis, Valleteau de Moucliac), celui-ci est, le plus souvent, sans rapport avec l’arrêt des fonctions génitales généralement beaucoup plus tardif et plus variable au point de vue chronologique, que la ménopause féminine.

On faisait volontiers endosser autrefois à l’arrêt des fonctions de l’ovaire, toute la pathologie assez riche et variée de la cinquantaine chez la femme. Mais aujourd’hui, mieux éclairé par les progrès de l’endocrinologie, on peut mieux discriminer ce qui revient dans ces désordres aux facteurs hormonaux proprement dits et ce qui n’est qu’une pathologie de coïncidence. On sait queles cycles ovariens (folliculiniques, lutéïniques) sont réglés par les hormones gonadotropes de l’hypophyse et que les sécrétions ovariennes, à leur tour, viennent freiner l’activité hypophysaire, le dérèglement de ce jeu hormonal peut être mesuré par des dosages chimiques urinaire des hormones et des techniques biologiques (frottis vaginaux, biopsie endométriale).

Un certain nombre d’auteurs distinguent une période préménopausique et une période postémenopausique.

a) La première qui peut durer plusieurs mois et même plusieurs années, se marque par des irrégularités dans l’apparition des règles avec des pauses parfois prolongées de plusieurs mois, par de hémorragies intempestives et se traduit au point de vue clinique par des troubles congestives ou circulatoires : vertiges, mouches volantes, petites poussées d’hypertension artérielle avec petits états dépressifs ou anxieux concomitants.

Les dosages chimiques montrent qu’il se produit généralement une poussée d’hypersécrétion gonadotrope hypophysaire, puis une poussée d’hyperfolliculinie et une phase d’aménorrhée ou d’hémorragies utérines (Béclère et Simonnet). Les manifestations cliniques surviennent souvent par bouffées paroxystiques, précédant de quelques jours l’apparition de règles ou d’hémorragies. Elles s’accompagnent volontiers d’un état de nervosité anormale, parfois même de vraies crises d’excitation. P. Abély a publié plusieurs observations, de véritables  accès érotomaniaques, survenant à cette occasion, entraînant un comportement qui peut nécessiter l’internement. Ces accès érotomaniaques correspondent, pour cet auteur, à des phases d’hyperfolliculinie.

Le traitement hormonal par les androgènes donne souvent des résultats remarquables.

b) Après cette période troublée, l’ovaire entre dans le repos fonctionnel, la femme est définitivement ménopausée. On admet que l’antéhypophyse, privée de son frein ovarien, présente une hyperactivité qui va retentir surtout sur les centres neurovégétatifs diencéphaliques, avec lesquels elle est en liaison étroite, et sur les autres glandes qu’elle contrôle (thyroïde, surrénales) : d’où les bouffées de chaleur, les tendances à l’obésité, la dysthyroïdie parfois, une certaine tendance à la masculinisation (virilisme, hyperpilosité).

Un certain nombre de femmes entrent avec sérénité dans ce repos physiologique qui ne trouble en rien leur comportement antérieur. Mais quelques-unes vont présenter au point de vue psychologique, le plus souvent à base d’inquiétude continue. Elle sont hantées par le préjugé tenace que la ménopause entraîne des troubles sérieux et vivent dans un état d’angoisse  de permanente, sujette parfois à des paroxysmes, avec insomnie et subagitation. Le caractère en subit souvent le contrecoup, elles deviennent irritables, irascibles même ; celle dont la masculinisation morphologique s’est esquissée deviennent autoritaires, tyrannisant plus ou moins leur entourage (type de la « virago »).

L’anxiété peut se présenter sous la forme de préoccupations hypocondriaques tenaces, alimentées par les troubles de la cénesthésie presque constants à cette occasion.

De nombreux auteurs ont insisté sur la fréquence des obsessions, des phobies et des impulsions génitales, dipsomanie, kleptomanie.

Certaines femmes, en face de leur aménorrhée, ont la hantise délirante d’une grossesse, d’autres ont la phobie du cancer. On a signalé aussi la fréquence des délires de jalousie, d’une jalousie souvent persécutrice, harcelant leur conjoint ou poursuivant de leur hostilité des femmes de leur entourage. Mais, qu’il s’agisse de jalousie, de persécution, d’érotomanie, parfois aussi de mysticisme, il est difficile d’imputer à la seule déficience fonctionnelle des ovaires l’organisation d’un délire systématisé ; le terrain, la constitution, structure mentale interviennent pour une grande part dans l’organisation de ces délires qui n’ont troué dans la ménopause qu’un rapport de coïncidence ou, tout au plus, une occasion propice à leur épanouissement.

Signalons que chez les périodiques, la ménopause est souvent l’occasion d’un nouvel accès maniaque ou mélancolique ; mais on peut voir aussi à cette période, ou un peu plus tard, un accès de mélancolie dite d’involution.

On ne saurait donc être trop circonspect dans l’imputation d’origine des psychoses observées à la période de la ménopause, et chaque cas particulier nécessite une mise au point sérieuse du fond mental, de l’état organique sous-jacent. Même dans les états simplement psychonévrosiques, il faut compter avec que Lévy-Valensy appelait la « ménopause morale », c’est-à-dire l’ensemble des déceptions sentimentales, des désaffections et même des deuils, qui ne sont pas rares à cette période de la vie.
Cette ménopause morale peut expliquer un certain nombre de troubles caractériels ou d’états névrosiques à base affective. Mme A. Masson et L. Grimber ont repris l’étude de ce qu’ils appellent « le décalage » de la ménopause comme « élément de psychologie et de psychopathologie féminine d’involution ». Ils confirment les constatations antérieures sur les troubles caractériels pouvant aller jusqu’à l’exaspération paranoïaque ; ils ont souligné aussi les interactions psychologiques sur le terrain conjugal ou familial : incompréhension de l’entourage en face de ce tournant physiologique ; la femme vieillissante a souvent tendance à s’exagérer sa déchéance physique ou morale, soit par jalousie, soit par un sentiment d’infériorité qu’elle supporte mal.

L’épilepsie de la ménopause doit être considérée de façon critique. Il n’est pas rare de retrouver en fait dans les antécédents des malades des accidents comitiaux : convulsions infantiles, pertes de connaissance à la puberté, équivalents divers, négligés ou oubliés. Lorsque l’épilepsie apparaît vraiment primitive, il ne faut négliger aucun examen complémentaire pour éliminer de façon certaine une néoformation intracérébrale d’indication neurochirurgicale. Les facteurs vasculaires d’artériosclérose et d’hypertension ne doivent non plus être négligés et méritent pris en considération dans le traitement et la surveillance.

La responsabilité des troubles endocriniens reste souvent difficile à évaluer, mais une thérapeutique à visée hormonale peut utilement renforcer l’efficacité du traitement anticomitial.

La ménopause artificielle n’est suivie d’aucun trouble dans 70% des cas (d’après Schachter), sauf accentuation des petits troubles caractériels fréquents chez la femme: susceptibilité, irritabilité.

Le traitement hormonal par les oestrogènes trouvera son utilité dans bien des cas, mais devra toujours être précédé d’une mise au point hormonale par des dosages urinaires ou des méthodes biologiques.

Ant. Porot

menopause

La crise de la ménopause coupe en deux avec brutalité la vie féminine; c'est cette discontinuité qui donne à la femme l'illusion d'une «nouvelle vie». (Simone de Beauvoir, philosophe et écrivaine française, né en 1908 et décédée en 1986). Image : © Megan Jorgensen

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