Maniérisme

On dit qu’il y a « maniérisme » chaque fois que les moyens d’expression (mimique et langage, comportement) manquent de simplicité et de naturel. Les gestes, les attitudes, les propos, au lieu d’être précis, directs, proportionnés et adéquats, subissent des amplifications, des surcharges, des dénaturations qui les rendent compliqués et souvent discordants.

Le maniérisme du langage se traduit par la recherche  du mot rare ou de l’adjectif sensationnel, par la solennité des propos ou leur caractère sentencieux, leur formule hermétique, les réticences ou les sous-entendus des inflexions de voix ou des intonations un peu théâtrales.

Le maniérisme des gestes et de la mimique souligne le plus souvent celui du langage : raffinement et précocité des gestes, attitudes altières ou obséquieuses, jeux de physionomie outrés ou attitudes spectaculaires. L’affectation, la recherche de l’effet à produire sont en définitive les traits essentiels de cette déviation des moyens d’expression.

La valeur séméiologique du maniérisme est fort variable.

Il en est des formes anodines qui ne font que traduire une sotte vanité que Molière a bien stigmatisé dans ses Précieuses ridicules.

C’est aussi ce sentiment foncier de vanité morbide que est à la base de tous les maniérismes rencontrés dans l’hystérie, depuis l’affectation de candeur et d’ingénuité et une perversité insoupçonnées jusqu’au théâtralisme le plus spectaculaire de certaines crises nerveuses.

Dans la série de ces maniérismes qu’on pourrait dire artificiels, citons enfin ceux de la simulation mentale.

Mais il est des maniérismes qui ont des racines plus profondes, dans les altérations sérieuses de la personnalité, tous les processus dissociatifs s’extériorisent par des mimiques désadaptées, maniérées et discordantes. Aussi, le maniérisme a-t-il été signalé depuis longtemps comme un signe révélateur et de grande valeur dans la démence précoce et la schizophrénie.

L’autisme, l’ambivalence, la perte de contact avec le réel expliquent toutes les singularités mimiques, les propos obscurs, les attitudes paradoxales de ces sujets.

L’hypermimie, la logorrhée des maniaques revêtent souvent, au début de l’accès, une apparence maniérée qui sombre très vite dans le tumulte incohérent de l’accès à son acmé.

Chez les délirants chroniques, un maniérisme commandé par le thème principal du délire (mégalomanie, mysticisme, idéalisme passionné) traduit souvent le désordre profond et déréel de la pensée.

Il est enfin des cas dans lesquels le maniérisme prend une forme de valeur symbolique : c’est le cas, en particulier, du puérilisme mental, que celui-ci soit un phénomène de suggestion pithiatique ou une véritable régression de nature organique (puérilisme sénile).

Signalons, en terminant, que lorsque le processus dissociatif ou la dégradation mentale vont en s’accentuant, certains maniérismes peuvent passer à l’état de véritables stéréotypies.

Ant. Porot

manierisme

Il y existe une différence de principe entre le mathématicien et le chat maniéré : Le mathématicien intelligent s’exprime dans un langage collectif impersonnel. Le chat s’exprime dans une langue qui lui est personnelle, il se veut unique et se sent solitaire dans sa position du maître absolu de cet univers qui lui appartient ». (Citations de Megan Jorgensen). Image : © Megan Jorgensen et ProvinceQuebec.com

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