Logorrhée

Flux intarissable et incoercible de paroles, axées parfois sur un thème principal, mais le plus souvent dispersées et désordonnées.

L’art de « parler pour ne rien dire » n’est pas le fait des seuls aliénés et l’on rencontre, dans la vie courante, nombre de « bavards » dont l’incontinence verbale pourrait être assimilée à une forme mineure et, en quelque sorte, subnormale de logorrhée : babillage féminin futile et inconsistant de certaines réunions mondaines, faconde et « bagout » de certains bonimenteurs, explications discursives interminables de certains solliciteurs ou réclamateurs, etc.

Avec la constitution hypomaniaque nous entrons dans le domaine de l’anormal et du pathologique (hypomanie). La disposition hypomaniaque peut être un état permanent assez modéré pour rester compatible avec la vie sociale. Le sujet se signale alors par son activité et son esprit d’entreprise au service desquels il met la logorrhée qui pourra aider à sa réussite. Mais, le plus souvent, la logorrhée suit les oscillations périodiques de cette constitution spéciale.

L’hypomanie, enfin, n’est souvent que la phase initiale d’un accès maniaque et le bavardage insolite du sujet est un signe d’alerte précieux qui va faire craindre l’éclosion de l’accès. En plein accès, la logorrhée se poursuit incoercible, décousue, sous l’aspect de cris, de rires ou d’interpellations et de vociférations dans les formes coléreuses. Le débraillé, le cynisme des propos sont des traits essentiels de cette logorrhée maniaque, qui ne cesse ni jour ni nuit et arrive souvent à rendre le sujet aphone pour quelques jours.

Tous les états d’excitation peuvent s’accompagner d’exaltation des propos ; dans l’agitation anxieuse, les propos sont centrés sur l’angoisse et la terreur. Dans les agitations confuses et hallucinatoires, les propos se précipitent en désordre traduisant l’activité onirique, mais ici la logorrhée sombre dans la verbigération incompréhensible.

Il faut enfin faire une place importante à la logorrhée des déments, souvent, elle aussi, réduite à une verbigération incohérente.

Certains délirants chroniques, spécialement les paranoïaques en état d’hypersthénie, se livrent à des auto-excitations verbales intarissables, à d’interminables plaidoyers, enchaînant les interprétations et les déductions les unes dans les autres. Souvent aussi, c’est au papier qu’ils confient leurs dénonciations ou leur défense (graphorrhée).

Soit à l’échelon du mot (néologismes), soit sous forme de combinaisons ou de formules auxquelles le malade prête un sens hermétique en fonction de la structure littérale ou du nombre de lettres, des assonances ou des agencements qu’il y trouvent (langage cabalistique). A son stade extrême, la néoformation revêt l’aspect de la schizophasie (décrite par Kraepelin et particulièrement étudiée par Pfersdorff) : c’est la production, de débit souvent particulièrement rapide, d’une salade de mots connus et néoformés, constituant un discours absolument incompréhensible.

Ce langage n’est pas sans ressemblances cliniques avec la paraphasie des aphasiques sensoriels (Claude, Pfersdorff). La glossalie, production d’une langue entièrement néoformée mais douée d’un vocabulaire et une syntaxe propres, n’en est qu’une variété particulière avec toutefois une dissociation moins profonde et une valeur symbolique plus évidentes.

Logoclonie : Répétition spasmodique d’une syllabe au milieu ou à la fin d’un mot.

Ant. Porot

logorrhée

La logorrhée, c'est un flux intarissable et incoercible de paroles, axées parfois sur un thème principal, mais le plus souvent dispersées et désordonnées. Photo : Univers.Grandquebec.com

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