Kleptomanie
ou Cleptomanie

On donne ce nom à l’impulsion obsédante éprouvée par un sujet à s’emparer d’un objet qu’il a sous ses yeux. On doit retrouver, par ailleurs, tous les caractères propres à la véritable obsession : absence d’affaiblissement du sens moral, lutte anxieuse contre le désire soudain surgi, soulagement de l’obsession par l’acte accompli en même temps qu’horreur de cet acte.

La réalité de la kleptomanie ainsi comprise a été très discutée (Morel, Lasègue), même à l’époque où la nouveauté des notions d’obsession et d’impulsion faisait la conquête des esprits médicaux.  Rogues de Foursac n’hésite pas à écrire que sur le grand nombre de voleuses à l’étalage qu’il eut à examiner (il s’agit presque toujours de femmes et de vols dans les grands magasins), il a toujours pu se convaincre et démontrer que l’excuse de kleptomanie, souvent invoquée, n’était qu’un argument de mauvaise foi.

Il estime, en effet, que la kleptomanie, si elle consiste à ne pouvoir s’empêcher de prendre, n’implique pas l’obligation de garder. Le plus sûr moyen pour le sujet de se libérer du remords serait donc de restituer l’objet volé, ce qui ne se produit jamais.

L’impulsion pathologique au vol n’en existe pas moins, quoique rare, sous la forme obsédante réellement anxieuse de la kleptomanie. Elle peut se voir en association avec le collectionnisme. Elle s’observe parfois chez des individus de haute culture dont la passion pour un objet rare, trop longtemps sollicité, parvient à étouffer la délicatesse, s’ils ne sont naturellement peu scrupuleux.

Elle se rencontre surtout chez des débiles, des déséquilibrés ou des sujets dont le sens étique fléchit à la faveur d’états dépressifs divers (organiques, affectifs), de crises physiologiques (grossesse, ménopause, etc.).

Mais il faut faire une large part dans la genèse de l’acte, à la tentation que fait naître l’exposition d’objets précisément destinés à exciter et provoquer la convoitise chez le passant ou l’amateur.

Aussi le vol a-t-il ordinairement un caractère utilitaire qui permet difficilement d’admettre l’irresponsabilité de l’auteur.

On ne doit pas confondre l’impulsion au vol avec le vol conscient et organisé, ni avec les actes d’appropriation accidentellement observés au cours de psychoses varies (affaiblissements démentiels, P. G., confusion, états seconds, etc.)

Masson-Verniory a repris la question en 1957 (Société de Médecine mentale de Belgique) dans une sorte de revue générale dans laquelle il admet la thèse d’une obsession-impulsion possible, susceptible d’apparaître dans des situations cliniques durables : psychoses, maladies cérébrales, organiques, troubles biologiques d’origine hormonale.

Faure et Rappart (Cahiers de Psychiatrie, 1956, n#2) ont publié une observation de vol à l’étalage suivi d’un accès de mélancolie avec tentative de suicide et d’homicide sur le mari et les enfants; cette malade avait eu quelques années auparavant un accès mélancolique et avait voulu se suicider. L’auteur y voit deux manifestations de raptus anxieux.

Ch. Bardenat

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La réalité de la cleptomanie est très discutée… Image : © Megan Jorgensen

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