Joie, Joie morbide

La joie est la manifestation du contentement intérieur. Elle peut être dans certains cas simplement conditionnée par une disposition heureuse de l’humeur ou un optimisme foncier : c’est l’euphorie. Elle est, le plus souvent, la réaction à une surprise agréable, au succès d’une entreprise, à la réalisation d’un désir. Ce sont surtout les satisfactions d’ordre affectif et sentimental qui la suscitent. Sur ce plan affectif, elle représente le pôle opposé à celui de la tristesse.

Les manifestations de la joie peuvent être d’ordre intérieur et intime : joie de la découverte scientifique, de la création littéraire ou artistique, ravissement mystique. Mais la joie à une force expansive qui, même dans ces cas, arrive à l’extérioriser : attitude extatique des mystiques, joie explosive d’Archimède. Le plus souvent, cette force expansive se manifeste par une certains exaltation de la personnalité, par l’exubérance dans les propos et les gestes, de l’hilarité, etc.

Parfois même, la joie peut déclencher des mimiques discordantes ou paradoxales (« pleurs de joie) avec agitation (ivresse émotive). Dans ces phases expansives, la joie s’accompagne souvent de concomitants physiologiques : ampleur et profondeur de la respiration, accroissement de la circulation et vasodilatation périphérique, augmentation des métabolismes, des sécrétions, etc. On a signalé aussi le déclenchement de crises cataplectiques à l’occasion d’une émotion joyeuse, et, sous une forme plus réduite, le relâchement du sphincter vésical.

Il y a des joies anormales et morbides. Rogues de Fursac en distinguait deux formes : la forme calme et la forme active. Dans la première, il rangeait la satisfaction béate de certains paralytiques généraux inconscients de leur déchéance, l’euphorie étonnante de certains tuberculeux au dernier stade de leur maladie et l’état extatique des délirants mystiques. La forme active, exubérante et expansive, de beaucoup la plus fréquente, se rencontre dans l’état maniaque, dans certains épisodes agités de la paralysie générale, dans certaines ivresses toxiques (alcool).

Mentionnons aussi la joie superficielle et puérile de certains débiles mentaux, souvent hypomanes du reste.

D’une façon générale, chaque fois que les dispositions affectives sont gravement perturbées, par carence ou discordance, la joie morbide peut apparaître. C’est le cas de certains déments précoces dont le rire, immotivé et discordant, est très symptomatique. C’est un trouble instinctivo-affectif qui commande la joie perverse des sadiques. Des déments organiques, - les presbyophréniques en particulier – ont des hilarités parfois incoercibles que rien ne justifie.

Rappelons aussi le rire spasmodiques des pseudo-bulbaires et certains accès de fou rire signalés dans les atteintes sous-corticales. La joie, dans ces cas-là, n’est qu’un dérèglement mimique qui n’a plus de substratum ou de contenu idéo-affectif.

Ant. Porot

joie de vivre

Joie de vivre. Photo du domaine public, d'auteur inconnu

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