Intuition délirante

L’intuition est un mode de connaissance directe, subjective ; une prise de conscience soudaine d’un fait, d’une idée, d’un sentiment entraînant la conviction immédiate et absolue ; elle s’impose par une évidence indépendante de toute preuve, mais essaie souvent, à posteriori, d’étayer sa conviction par des raisonnements de justification. Cette révélation, lorsqu’elle surgit, est indépendante de toute donnée sensorielle ou objective, de toute déduction logique ou rationnelle de la pensée; elle présente alors, de ce fait, un caractère nettement délirant.

L’intuition peut avoir aussi une portée rétrospective ou anticipatrice : lumières soudainement projetées sur le passé ou sur l’avenir.

La place de l’intuition en pathologie mentale a bien été soulignée par de nombreux auteurs, en particulier par Targowla et Dublineau. Il y a de par le monde un certain nombre de sujets presque tous atteints d’un léger déséquilibre affectif qui sont prédisposés à l’intuition : ce sont les hyperémotifs, les psychasthéniques qui parlent constamment de leurs pressentiments, de leurs scrupules rétrospectifs auxquels ils attachent une croyance exagérée et qui pèsent souvent lourdement sur leur comportement et sur leur vie. Mais c’est surtout dans de nombreux états plus franchement pathologiques que l’on observe l’intuition délirante. Ce trouble, de nature idéo-affective peut être considéré comme de l’automatisme psychologique. Aussi le trouve-t-on fréquemment chez les anxieux et les mélancoliques ; il sert à cristalliser leur douleur morale sans cause. Dans d’autres cas, l’intuition apparaissant dans la sphère intellectuelle imaginative peut amorcer toute une série de déductions et d’interprétations secondaires qui vont servir de charpente à la systématisation d’un délire de chronique (délire d’interprétation et d’imagination).

L’intuition peut surgir aussi à l’occasion d’une lecture, d’une rencontre, se transformer en reconnaissance d’un fait ou d’une aventure personnelle dont le sujet est le principal personnage et dont il va poursuivre le rôle.

L’intuition s’associe volontiers à un état de rêverie, de rêvasserie, dans lequel se déroulent les illusions sensorielles variées aboutissant, chez certains sujets suggestibles, à un délire de rêve polymorphe (syndrome oniro-intuitif de Targowla et Dublineau) et que l’on a rapproché de la mentalité primitive.

La terrain schizoïdique est particulièrement propice à l’éclosion de délires intuitifs ou de rêveries de même nature. Les intuitions délirantes jouent également un très grand rôle dans les délires passionnels quand elles sont mises au service de la jalousie, de la colère, des haines politiques, de certaines idéologies trop ardentes. La notion d’intuition éclaire admirablement les désordres rencontrés chez certains inspirés, mystiques, prophètes, etc.

Il n’est pas jusqu’au contenu des états maniaques et mélancoliques qui ne s’appuient volontiers sur les intuitions.

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La notion d’intuition éclaire admirablement les désordres rencontrés chez certains inspirés, mystiques, prophètes… Illustration : © Megan Jorgensen.

Ant. Porot

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