Intériorisation, vie intérieure

On doit entendre par « vie intérieure » toutes les formes d’activité psychique consciente et désintéressée auxquelles s’adonne un sujet dans l’intimité de son moi. Le caractère essentiel de cette activité intérieure est qu’elle ne s’applique par immédiatement à des fins pratiques et extérieures. Le sujet a, en quelque sorte, « débrayé » pour un temps variable de la vie extérieure, pragmatique, pour s’enfermer dans l’isolement et le recueillement : ce processus est l’intériorisation.

Il y a toute une série de formes de la vie intérieure qui se rattachent aux états normaux ou constituent parfois des états supérieures s’opposant à la vie psychologique commune orientée vers des fins pratiques et sociales. Senges, qui a donné une bonne études des formes normales et pathologiques de l’autisme, a bien fait remarquer qu’il a des formes et des aspects variables suivant l’âge, le tempérament, la richesse intellectuelle et imaginative, le potentiel affectif.

Le monde intérieur de l’enfant est peuplé d’images, attractives ou répulsives, qui peuvent donner naissance à des rêveries charmantes ou fantastiques, à des refoulements affectifs, gros de conséquences ultérieures. Chez les adolescents, la prise de conscience de la personnalité, l’ardeur sentimentale, l’enthousiasme pour des idéologies diverses, vont créer une vie intérieure riche et bouillonnante, mais toujours prête à l’expansion extérieure.

Avec la maturité et l’expérience de la vie, les tendances intériorisatrices se poursuivront, mais s’orienteront plutôt vers la méditation et la réflexion qui viendront renforcer les traits essentiels du caractère.

Toutefois, ces intériorisations normales ne s’accompagnent que d’une rupture momentanée et consciente du contact avec le réel, contrairement à certaines intériorisations pathologiques dans lesquelles la rupture est permanente et habituelle. On peut s’isoler, remarquait Senges, pour se reposer, rêver, se livrer à la spéculation métaphysique ou à l’intervention littéraire, selon son tempérament personnel, tout en respectant des obligations sociales. Cette vie intérieures, parfois très intense, chez les grands penseurs, les grands mystiques, les grand poètes, les grands philosophes ou les artistes, est essentiellement communicable et vient enrichir le trésor intellectuel de l’humanité.

Mais l’intériorisation présente parfois, pour certains sujets, de réels dangers et peut dévier vers des formes anormales et morbides : les éléments affectifs et imaginatifs, qui en sont la matière principale chez les jeunes, peuvent les conduire aux confins de la psychopathologie émotionnelle et susciter des névroses. La plus grande surveillance et la plus grande discipline s’imposent en pareil cas.

Comme aspect franchement pathologique de l’intériorisation, rappelons l’autisme des schizoïdes et des schizophrènes, qui entraîne une rupture permanente du contact vital avec le réel ; c’est une sorte d’enkystement ou d’isolement d’une vie psychologique réduite, désagrégée, plus automatique que dirigée et qui n’est plus en communion avec le reste des hommes.

Fort troublée aussi est la vie intérieure des douteurs, des obsédés, des scrupuleux. Leur torture morale est souvent grande et l’inhibition qui l’accompagne, le travail incessant de leur esprit, les mettent souvent en état d’infériorité pratique, mais ils n’ont pas perdu, pour cela, la connaissance et le sens des réalités qu’ils ne peuvent accomplir aisément.

De plus, les contacts affectifs persistent chez eux et sont souvent même exagérés. Le psychasthénique, qu’il soit obsédé, douteur, scrupuleux, aboulique, dépersonnalisé, n’est jamais indifférent. On saisit là la différence fondamentale qui sépare en réalité l’autisme du schizophrène de l’intériorisation affective ou émotionnelle des psychasthéniques. « La vie intérieure n’est pas interdite à de pareils malades ; on trouve parfois parmi eux de grands rêveurs, des hommes de talent, et peut-être des génies » (Senges).

Ant. Porot

reverie

Le monde intérieure de l’enfant est peuplé d’images, attractives ou répulsives, qui peuvent donner naissance à des rêveries charmantes ou fantastiques, à des refoulements affectifs, gros de conséquences ultérieures. Illustration : © Megan Jorgensen.

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