Inanition

L’inanition, qui est l’état physiologique créé par la privation alimentaire, apparaît tantôt comme un facteur étiologique, tantôt comme une conséquence de certaines affections mentales dont elle aggrave alors le pronostic et complique les symptômes.

L’inanition résulte, en effet, du refus d’aliments prolongé et systématique quand il n’est pas traité correctement. Il surcharge alors la psychose primitive (mélancolie, délire mystique ou persécutif, hypocondire) d’un appoint confusionnel et peut même engendrer des accidents graves comme le délire aigu souvent mieux nommé « délire aiguisé » (A. Porot).

Mais l’inanition peut aussi bien dépendre d’une anorexie aiguë ou chronique, soit primitive (anorexie mentale), soit secondaire à une cause organique quelconque (néoplasie, anémie, suites opératoires, infectieuses, etc.).

Elle peut être le lot de sujets sains privés de nourriture de leur propre volonté : jeûnes des protestataires ou grèves de la faim, exploits d’originaux ou de parieurs.

C’est surtout sur le plan collectif que l’inanition a fourni matière à des observations saisissantes : celles des naufragés du Rideau de la Méduse (Savigny), des naufragés de la Ville de Saint-Nazaire (Maire, in Thèses de Lassignardie, Bordeaux, 1897).

Les camps de déportés pendant la Deuxième guerre mondiale, avec leur sous-alimentation, les causes d’épuisement physique et moral, ont malheureusement donné sur une large échelle l’occasion d’étudier les conséquences neuropsychiques de l’inanition chronique et des séquelles (Ch. Richet et A.Mans, 1956).

Des délires avec confusion mentale, onirisme terrifiant, impulsions homicides et même anthropophagie sont signalés par les classiques. Ces accidents seraient surtout dus aux intrications infectieuses. Quelquefois l’onirisme se présente sous forme de rêveries agréables d’allure gastronomique avec tendance obsédante de nature alimentaire. Mais la « psychose de la faim » (Richet) déborde le cadre de l’onirisme et fait partie des préoccupations courantes de l’inanitié, accaparant toute son attention, dominant toutes réserves et toutes préventions. La projection dans le futur des compensations imaginatives a pu être baptisée d’« hystérie des menus ».

Les symptômes neuropsychiques à peu près constants sont surtout l’asthénie affective, l’engourdissement intellectuel avec baisse du niveau global des spéculations mentales, atteinte caractérielle, perte de l’équilibre thymique et réactions disproportionnées à l’événement.

Sivadon, Richet et surtout Targowla ont constaté que certains de ces troubles pouvaient se manifester quelques mois après le retour seulement ou même, ayant rétrocédé immédiatement au retour, réapparaître plusieurs années plus tard (syndrome retardé de Targowla). René Charpentier a confirmé ces mêmes constatations dans des régions où les restrictions alimentaires furent particulièrement sévères (extrême sud-est de la France).

La population sous-alimentée des hôpitaux psychiatriques à spécialement souffert des restrictions. Vié a noté la résurgence de l’instinct de la faim chez des malades qui faisaient antérieurement du refus d’alimentation et Baruk a décrit l’athrepsie des aliénés avec sa gastro-entérite et ses oedèmes toujours embrumés d’un peu de confusion.

On a signalé aussi chez les naufragés le dédoublement de la personnalité, une sensation de légèreté, de lévitation de l’âme (Maire).

Les séquelles d’asthénie trainante sont fréquentes.

L’inanition est surtout mal tolérée chez l’homme après la quarantaine.  La femme et l’homme jeune réparent et compensent plus facilement leurs troubles. Il existe en outre une sensibilité individuelle très variable.

Les perturbations organiques qui soustendent les troubles mentaux sont complexes. L’amaigrissement de type cachectique s’accompagne souvent de polynévrites et d’encéphalopathiees carentielles à forme hémorragique évoquant le syndrome de Gayet-Wernicke.

L’avitaminose B peut être ainsi suspectée, mais ne paraît pas constante; les carences multiples (protidique surtout), le déséquilibre des rations entraînant des perturbations électrolytiques auxquelles on paraît devoir attribuer aujourd’hui un rôle prépondérant, surtout quand la privation de liquide est importante ou absolue.

La nutrition, la respiration tissulaire cérébrale, la régulation endocrinienne sont compromises et aggravées par le dérèglement des centres hypothalamiques.

Le traitement de tels états, quand ils peuvent être secourus à temps, demande une certaine prudence. La réalimentation et la vitaminothéraphie doivent être gradués. Dans les cas graves, le recours au plasma conservé, les transfusions de sang frais peuvent amener de véritables résurrections.

Ch. Bardenat

psychose faim

La « psychose de la faim » fait partie des préoccupations courantes de l’inanitié, accaparant toute son attention, dominant toutes réserves et toutes préventions. Photo : © Univers.GrandQuebec.com

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