Hypophyse

A) Anté-hypophyse. – L’hypophyse ou glande pituitaire domine la physiologie endocrinienne. Son importance en ce domaine n’est plus à souligner, de même que son intervention dans un « stress » ou une réaction d’alarme de Selye est devenue l’un des mécanismes pathogéniques les plus souvent invoqués lors des affections les plus diverses de la pathologie générale. Ce rôle de l’hypophyse « servoendocrine » est difficilement dissociable de celui du diencéphale en raison de leurs nombreuses connexions anatomophysiologies (tractus tubéro-hypophysaire, neurocrinie de Roussy et Mosinger). On retrouve cette intrication et cette double intervention probable en pathologie mentale. Il est d’ailleurs difficile d’attribuer à l’hypophyse un rôle spécifique en psychiatrie : la plupart des troubles mentaux sont observés dans un contexte clinique d’affections endocriniennes dont ils ne constituent pas toujours un élément essentiel. D’autre part l’action expérimentale sur le psychisme des secrétions hypophysaires paraît souvent en contradiction avec l’observation clinique. Néanmoins certains désordres mentaux au cours d’atteinte hypophysaire caractérisée méritent par leur fréquence ou leur gravité une étude particulière.

1) L’hypersécrétion de G.S.H. (somatotropine), le gigantisme et l’acromégalie : Les troubles mentaux de l’acromégalie et du gigantisme sont assez comparables entre eux, étant essentiellement faits de tendances dépressives et de troubles de l’humeur.

a) Le faciès des acromégales est classiquement triste (description de P. Marie). L’activité de ces sujets est limitée, réduite, mais sans atteinte des fonctions intellectuelles. L’appétit sexuel est en règle diminué.

Sur ce fond d’asthénie peuvent survenir « des crises d’excitation des instincts  vitaux (Guiraud), avec boulimie, soif anormale, agitation. Ce sont souvent des malades susceptibles et irritables.

Des accès mélancoliques avec autoaccusations, idées d’indignité, d’incurabilité sont plus rares que les états dépressifs simples.

b) Le gigantisme s’accompagne surtout d’apathie (Guiraud). Les géants sont en général des individus « médiocres, doux, puérils et instables, à tendances dépressives » (De Gennes). Ce sont souvent des arrtières affectifs, intellectuels et sexuels (Launois, Brissaud, Mege). Des tendances schizoïdes ont été soulignées chez certains : il est intéressant de rapprocher ce fait des recherches de Bleuler aboutissant à l’individualisation d’un type constitutionnel « acromégaloïde » (prognathisme, hypertrophie des arcades sourcillières et zygomatiques) particulièrement fréquent, selon lui, chez les schizophrènes, et tout à fait exceptionnel chez les maniaco-dépressifs.

Par contre, Baruk et Mlle Gevaudan ont publié des observations de manies infantiles, suivies à la puberté de manifestations de gigantisme et d’autres signes de la série hypophysaire avec troubles moteurs du type sous-cortical.

c) Discussion : il faut certainement se garder d’interpréter trop hâtivement ces faits. Entre autres une tumeur hypophysaire (adénome éosinophile), par hypertension intracrânienne et la souffrance cérébrale diffuse qu’elle entraîne, peut- être, au moins partiellement, responsable de troubles du développement présentés  par les sujets. Et de surcroît il semble bien établi, expérimentalement comme sur le plan thérapeutique, que la G.S.H. n’ait aucun effet propre et direct sur l’état neuropsychique des individus (Gayral et Dauty).

2). Au cours de la maladie de Cushing, soit au cours de l’hyperstimulation de la corticosurrénale, les troubles mentaux sont classiquement fréquents et importants.

Il s’agit surtout d’apathie et de troubles de la mémoire avec hypermotivité et phases d’excitation (Guiraud). Il existe des troubles de l’alimentation de phobies et de la sexualité. L’association de phobies et d’impulsions a été signalée.

Dans les formes graves de la maladie surviennent des épisodes confusionnels, des états délirants avec hallucinations de type onirique. Dans l’ensemble les malades sont plutôt déprimés, anxieux, d’humeur méfiante pouvant aller jusqu’au délire de persécution. L’importance de ces troubles peut entraîner l’internement des malades, parfois même avant l’apparition des symptômes endocriniens somatiques (Guiraud).

Pour de Gennes toutefois, les manifestations mentales de la maladie de Cushing sont fréquentes mais indépendantes de la gravité du syndrome endocrinien. Il a noté chez ses malades certaines manifestations convulsives de type comitial ou de type tétanique et des altérations fréquentes mais ni constantes ni spécifiques de leurs tracés E.E.G. De Gennes fait surtout remarquer que l’hypercorticisme de la maladie ne s’accompagne jamais de l’euphorie ni des états d’excitation signalés couramment chez les sujets traités par l’A.C.T.H. ou cortisone.

Trethowan et St. Cobb d’une part, H. Merrit d’autre part, ont fait dans une étude récente le bilan des troubles neurologiques et psychiatriques du syndrome de Cushing. Le rôle des facteurs hypertensifs cérébraux et des perturbations vasculaires ou métaboliques dépendant ou non d’une tumeur hypophysaire (adénome basophile) semble particulièrement important. Des troubles psychonévrotiques réactionnels à la maladie (modifications physiques, asthénie sexuelle) peuvent se rencontrer.

Il semble d’après la plupart des auteurs que les troubles mentaux réagissent au traitement de l’affection, parallèlement à l’amélioration des signes somatiques.

3). Des hypofonctionnements hypophysaires (adénome chromophobe, infantilisme, syndrome adiposogénital, infantilogigantisme acromégalique) il faut retenir surtout les troubles du développement ou de la fonction sexuelle et l’association possible de tendances dépressives ou de déficit intellectuel sans particularité.

La cachexie hypophysaire ou maladie de Simmonds mérite pour sa part une plus grande attention pour deux raisons : la première est la similitude de son tableau clinique avec une affection proprement psychiatrique : l’anorexie mentale (voir la discussion pathogénique et diagnostique à l’article Anorexie mentale), la seconde raison est la description, au cours de la maladie de Simmonds, de troubles mentaux graves et assez importants parfois pour égarer le diagnostic vers celui de schizophrénie (Wipf et Staehlin) ou de démence précoce. Il s’agit de malades présentant d’abord une émotivité anormale, des troubles des instincts, puis une asthénie croissante, avec inertie, absence d’initiative, désintérêt, apragmatisme. Des épisodes confusionnels et hallucinatoires surviennent qui peuvent passer à la chronicité. La cachexie évolue de pair accompagnée de somnolence et de frilosité.

Le syndrome de Sheehan, insuffisance du post-parfum, ne semble présenter aucun particularisme psychiatrique.

Par contre le syndrome de Falta « sclérose multiple des glandes endocrines », caractérisé par un ennuchoïdisme tardif, une hypothyroïdie et une cachexie terminale, s’accompagnerait de troubles mentaux analogues à ceux de la maladie de Simmonds (Bleuler cité par Guiraud).

L’existence de ces troubles mentaux de l’insuffisance hypophysaire soulève d’assez intéressantes hypothèses sur la pathogénie diencéphalique de certains « syndromes schizophréniques » et leur place dans la monographie (Guiraud).

4. Pour être complets il faut citer enfin le syndrome de Laurence-Moon-Biedl abusivement mais traditionnellement rattaché à la pathologie hypophysaire. Habituellement familial et héréditaire, il se caractérise par l’association (rarement complète) de :

  • Une rétinité pigmentaire entraînant la cécité ;
  • Un affaiblissement intellectuel ;
  • Une ébauche de syndrome adiposo-génital ;
  • Une polydactylie ou une syndactylie.

B) Post-hypophyse. - Elle n’a pas en pathologie mentale d’importance de l’antéhypophyse. Tout au plus a-t-on signalé des états d’asthénie sans spécificité au cours du diabète insipide, par déshydratation (de Gennes).

Pour les autres dysfonctionnements hypophysaires à retentissement thyroïdien, génital, voir les articles : Thyroïde, Basedow, Myxoedème, etc.

M.-L. Mondizain

nuclei brain cells

Il est difficile d’attribuer à l’hypophyse un rôle spécifique en psychiatrie. Image : © Megan Jorgensen

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