Hypnose, Hypnotisme

On donne le nom d’hypnose à un sommeil incomplet, de type spécial et provoqué artificiellement. On réserve le nom de narcose ou de subnarcose aux techniques chimiques destinées à provoquer le sommeil (v. subnarcose). Nous ne nous occuperons ici que de l’hypnose provoquée par suggestion hypnotique.

Le sommeil hypnotique a ceci de particulier qu’il n’est jamais un sommeil total comme le sommeil normal, qu’il suppose malgré l’engourdissement de la conscience une possibilité de concentration de l’attention, la conservation de perceptions sensorielles, le contact et la liaison avec son interlocuteur; la dissolution du tonus musculaire n’y est jamais complète, ce qui permet à l’endormi des gestes et des actes automatiques comme la marche au commandement et aussi des persévérations prolongées d’attitudes dans des positions incommodées et parfois fatigantes pour un sujet normal; des hypertonies et des attitudes cataleptoïdes peuvent être provoquées.

L’état d’hypnose existe chez certains animaux (poule).

Chez l’homme, les procédés par lesquels il peut être provoqué sont : la prise du regard, la fixation d’un point brillant, la compression des globes oculaires associés à des mouvements respiratoires lents et profonds. La création d’un climat psychologique ambiant favorable aidait grandement autrefois à la réussite des expériences spectaculaires de la Salpêtrière. Par la répétition, le sommeil peut devenir presque instantané. Il faut compter aussi avec le prestige de l’opérateur.

Au cours de l’état d’hypnose, le sujet manifeste à l’égard de son hypnotiseur une très grande docilité, répond à ses questions et peut libérer son subconscient ; il reçoit également toutes ses suggestions avec une certaine facilité, accomplit des actes au commandement, peut recevoir des ordres à retardement qui seront exécutés après son réveil, mais pas cependant ceux qui heurtent trop profondément ses sentiments de moralité ou d’honnêteté.

Mentionnons aussi les cas d’hypnose collective provoquée dans certaines sectes religieuses (Aïssaoua, Derviches tourneurs, Trembleurs), par des pratiques rituelles : psalmodies, balancements et flexions rythmiques du tronc, fumées d’aromates, musique monotone, etc.).

Les pratiques hypnotiques ont eu, au siècle dernier (XXe siècle), un grand succès de curiosité scientifique, mais n’ont guère apporté de données concrètes ou de résultats thérapeutiques vraiment intéressants. C’est tout le problème de la suggestion et de la suggestibilité qui a été mis en cause et discuté. Les conclusions de Babinski semblent bien y avoir mis le point final :

  1. On ne peut, ainsi qu’on l’admettait au temps de Charcot, endormir une personne contre son gré ;
  2. Le sujet ne perd pas, comme on le croyait, la mémoire de ce qui se passait pendant la période de l’hypnose;
  3. Les faits prouvent que le sujet soi-disant léthargique n’est pas inconscient ;
  4. L’individu en état de somnambulisme ne perd nullement tout contrôle volontaire et n’obéit pas à l’hypnotiseur perinde ac cadaver.

Il ajoutait enfin que « dans les circonstances sérieuses , les sujets hypnotisés redeviennent maîtres de leurs actions dans la mesure où ils le sont à l’état de veille ».

Au point de vue médico-légal, l’hypnotisme a soulevé des problèmes délicats : on a pu penser que l’on pouvait suggérer à un sujet endormi des actes délictueux ou criminels qu’il accomplirait ultérieurement. En fait, disait Rogues de Fursac, « il est remarquable que, depuis beaucoup plus d’un siècle qu’on se préoccupe des méfaits de l’hypnotisme au point de vue social, il n’existe pas dans la littérature un seul cas probant de crime commis sous l’influence de l’hypnotisme ».

Plus délicates sont les accusations de viols commis sur des jeunes filles plongées dans le sommeil hypnotique. Davergie, Tadieu, Brouardel, Ladame ont eu à se prononcer comme médecins experts dans des affaires de ce genre; tous ont fait des plus grandes réserves relativement à la possibilité de la feinte, de la fraude pour tout ce qui touche aux prétendues effets physiologique du magnétisme.

Au point de vue thérapeutique, les anciens aliénistes avaient fondé quelque espoir sur la cure hypnotique des maladies mentales. Il semble bien qu’elle ait été à peu près toujours inopérante, beaucoup de ces malades se trouvant, du reste, réfractaires à l’hypnotisation; elle s’est même parfois révélée dangereuse et a pu susciter quelques réactions délirantes. Dans les psychonévroses et bien qu’il paraisse a priori logique de demander à la suggestion hypnotique la délivrance de certaines idées fixes, de certaines obsessions, cette méthode thérapeutique s’est montrée pratiquement inefficace; elle a pu momentanément faire disparaitre certains symptômes hystériques grossiers, mais elle ne saurait amener une modification foncière du terrain toujours prêt à l’éclosion de nouveaux symptômes ; elle est même à rejeter chez les hystériques dont elle cultive la suggestibilité déjà excessive.

Rappelons qu’une intéressante discussion s’est élevée à la Société médico-psychologique le 12 janvier 1953 sur l’hypnose, à propos d’une présentation de Montassut d’un cas d’amnésie hystérique traité et guéri par hypnose : cette malade avait des antécédents somnambuliques, mais aussi abusait depuis quelques mois après un choc émotif qui l’avait déprimé d’ortédrine. Montassut remarque à ce propos que l’hypnose en pareil cas peut permettre de reconnaître la simulation, car un simulateur ne se laisse pas endormir.

Bachet a souligné au cours de la discussion que l’hypnose réussit très bien dans les insomnies rebelles à condition qu’elles ne soient pas dues à un état dépressif réactionnel ou à un trouble affectivo-sexuel.

Nous possédons aujourd’hui, dans la subnarcose barbiturique et dans les thérapeutiques psychothérapiques en surface ou en profondeur, des techniques infiniment plus rationnelles et plus sûres.

Ant. Porot (1876,-1965), psychiatre français.

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« La confiance en soi ne remplace pas la compétence.  » (Olivier Lockert psychologue français qui est à l’origine du courant de l’hypnose, enseignant en Hypnose Ericksonienne). Image : © Megan Jorgensen

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