Hibernation

L’hibernation peut se définir : le ralentissement volontairement provoqué de la vie végétative assez semblable à celui que l’on observe naturellement pendant la saison froide chez les animaux dits « hibernants » (marmotte par exemple).

Cette « mise au ralenti » des fonctions végétatives s’obtient par divers procédés physiques de refroidissement général du corps et surtout par l’utilisation de certains médicaments dits « ganglioplégiques » (penthonium, pendiomide) agissant au niveau des synapses ganglionnaires pour en provoquer la déconnexion de l’adjonction de certaines substances psychobiotiques comme la chlorpromazine ou endocriniennes notamment l’hormone somatotrope hypophysaire paraît renforcer cette mise au ralenti.

C’est à Laborit que l’on doit, après des recherches expérimentales, l’application en clinique de l’hibernation, dans le but d’inhiber les réactions irritatives neuro-végétatives et endocriniennes déclenchées dans l’organisme par des agressions sévères : état de choc, grand traumatisme, infection grave, etc., et surtout pour prévenir des réactions dangereuses autour des interventions chirurgicales, particulièrement en neurochirurgie.

Lazorthes et L. Campan, de Toulouse, dans une communication de la Société de Neurochirurgie (anal. In P. M., 13 février 1954, p. 236) tout en se déclarant partisans de l’hibernation en neurochirurgie, ont montré qu’elle avait cependant des limites, et rapporté deux cas d’hypersensibilité à cette méthode. Ils ont montré la fréquence d’un syndrome cachectisant chez des malades ayant primitivement bénéficié de l’hibernation. Ils mettent en avant l’hypothèse d’une insuffisance diencéphalo-hypophysaire dans ces cas défavorables, ayant trouvé chez un de leurs malades une névrose diencéphalique d’où l’opportunité en pareille occurrence d’une thérapeutique endocrinienne.

Toutefois, il semble qu’une confusion se soit établie dans l’esprit des cliniciens entre l’hibernation et l’action narcobiotique des neuroplégiques. Tardeau a critiqué l’abus du terme d’hibernation employé en pareils cas et souligné qu’il fallait bien distinguer ceux où les neuroplégiques comme la chlorpromazine étaient employés seuls et ceux où ils étaient associés à d’autres procédés de refroidissement; il a montré aussi que leur action s’expliquait au moins autant par une vasodilatation périphérique que par le blocage des centres de l’hyperthermogenèse.  De son côté, Philippe Decourt a souligné que la conception de la thérapeutique narcobiotique et sa réalisation pharmacologique actuelle (chlorpromazine ou Largactil) diffèrent profondément de la conception de l’hibernation artificielle et de des principes pharmacologiques.

Toutefois, Larorit pense que cette distinction reposant sur un concept trop général de narcobiose est inacceptable et ne permet pas d’expliquer de nombreux faits expérimentaux et cliniques, parmi lesquels la potentialisation d’action et l’action préférentielle sur certaines structures cellulaires.

Indications neuro-psychiatriques. – En neurochirurgie, où l’œdème cérébral et l’hyperthermie constituent des complications redoutables, l’hibernation donne des résultats très brillants (technique complexe ou traitement simple par les neuroplégiques). Cependant des critiques valables se sont élevées contre la mise en hibernation des traumatisés crâniens, cette technique risquant de masquer l’apparition d’accidents graves secondaires nécessitant un geste opératoire. Elle s’impose chaque fois qu’il a y une menace d’œdème cérébral (complications de la cure de Sakel).

Dans tous les états d’agitation, en particulier dans les psychoses aiguës hyperthermiques (délire aigu), l’hibernation trouve des indications fréquentes; mais il convient de remarquer que les ganglioplégiques et les neuroplégiques associés à d’autres calmants dans certains « cocktails » semblent jouer un rôle dominant soit comme on l’a dit en « potentialisant » l’action des autres sédatifs (barbiturates en particulier). L’hibernation, de plus en plus répandue en psychiatrie, possède à son actif des succès très intéressants (Hamon, Paraire et Velluz, Mlle Deschamps, Brissert et Gachkel, H. Ey et Bérard, J. Delay et Deniker, P. Abely, etc.).

Gachkel et Brisset, Cossa ont montré que l’emploi de l’hibernothérapie dans les cures de désintoxication facilitait grandement la guérison des toxicomanes.

Comme on le voit, ces indications rejoignent bien souvent celles de la cure de sommeil d’une part, celles des simples neuroplégiques d’autre part.

L’hibernothérapie demande une surveillance attentive en particulier de la pression artérielle et de la température; le refroidissement ne doit pas descendre au-dessous de 35 degrés. Les conditions préalables et matérielles du traitement sont celles de la cure de sommeil.

Il conviendra toujours de lutter contre la déshydratation si fréquente dans les syndromes malins, qui trahissent la faillite des fonctions végétatives du diencéphale.

Ant. Porot

hibernation

L'hibernothérapie semblerait la plus agréable de toutes les thérapies existantes. Image : © Megan Jorgensen

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