Grève de la faim

Terme couramment employé pour désigner l’attitude prise par certains détenus pour protester contre leur incarcération. Ainsi que l’a fait remarquer Aug. Léy, ce terme est impropre ; il serait plus exact de parler de « grève d’alimentation, car la carence ne porte pas sur la faim à proprement parler, fonction physiologique qui peut subsister en s’atténuant, mais bien sur les aliments.
Cette attitude que l’on rencontre surtout chez les détenus politiques a pour eux une valeur symbolique, le sujet veut donner à entendre qu’il est prêt à faire le sacrifice de sa vie pour son idéologie; comme certains croyants, il  affiche sa fois d’une façon un peu spectaculaire et veut frapper l’opinion. Des campagnes de presse ont pu même parfois exploiter de telles attitudes, et des médecins qui ont utilisé l’alimentation à la sonde, ont pu être traités de tortionnaires par certains journaux.

Un intéressant débat s’est ouvert sur ce problème au Congrès des Aliénistes et Neurologistes de Pau en 1953, à la suite d’une communication du Dr. F. Adam, qui avait été victime de tels procédés. L’Administration pénitentiaire qui se croyait en droit d’imposer au médecin traitant l’obligation de l’alimentation artificielle pour porter secours à un malade en danger, ne semble pas avoir rallié l’opinion du corps médical sur sa thèse.

Au Congrès de Pau, il fut affirmé que le médecin ne doit intervenir qu’en fonction de sa conscience et non des ordres que peut lui donner l’Administration. Il reste légitime de distinguer le suicidaire du gréviste de la faim : le premier veut mourir, le second ne fait qu’assumer les risques d’une attitude politique. Mais on ne doit pas oublier que le rôle du médecin est d’empêcher les gens de mourir et qu’il s’agit de sujets en danger de mort.

Aug. Ley a aussi reprise ce dernier argument : « On n’aura pas trop de scrupules à négliger la question platonique de la liberté individuelle qui apparaît en conflit avec une idéologie autrement fondamentale et respective : le principe de conservation de la vie ». (Rev. Droit Pénal et Criminel, Bruxelles, février 1954).

Ant. Porot

la faim

Le monde est partagé en deux, ceux qui peuvent faire une grève de la faim et ceux qui aimeraient une greffe de la faim (Inconnu). Image : © Megan Jorgensen

Pour en apprendre plus :

Partager|