Graphologie

L’écriture est un geste progressivement automatisé par apprentissage, utilisant des fonctions practognosiques hautement différenciées et destiné à traduire le langage en signes visibles. Il n’est point surprenant, dès lors, qu’elle porte l’empreinte spécifique de la personnalité du scripteur, au même titre que tous les autres éléments de la gestuelle expressive (mimique, parole, poignée de main, etc.).
La graphologie est précisément l’étude des aspects de l’écriture en tant qu’ils expriment le caractère et l’état psychologique de la personnalité.

La première théorie graphologique, fondée sur l’observation, est due à l’abbé Michon (1871). Mais l’ouvrage classique, qui a été le point de départ de toutes les autres méthodes, est celui de Crépieux-Jamin : L’écriture et le caractère (1888), qui établit une classification analytique des genres (intensité, forme, dimension, direction, continuité, ordonnance) et des espèces (écritures anguleuse, grande, montante, égale, claire, etc.) et les rattache aux éléments du caractère.

L’école allemande a été fondée par Ludwig Klages (1923), qui approfondit surtout le degré de vitalité manifesté par l’écriture et introduit la notion de rythme (expression de l’âme, de l’élan dyonisiaque) par opposition à celle de cadence (représentant l’esprit et l’ordre de la pensée).

Le Suisse Max Pulver (1931) a donné à la graphologie une orientation nouvelle : s’inspirant de la psychanalyse, il introduit dans l’espace graphique un symbolisme dynamique. La ligne de base des lettres est la limite du conscient séparant le haut (spirituel, conscient, lumineux) du bas (matériel, inconscient, obscur). Tout mouvement vers la droite progresse vers le futur, désigne une intention, va du Moi au Toi. Au contraire, la gauche est le symbole du passé, des origines. Ce symbolisme du champ scriptural permet à Pulver une interprétation profonde de tous les mouvements de l’écriture.

Plus récemment, W. Hegar (1938) a tenté de ramener la graphologie à la seule étude des qualités du trait (vitesse, force, forme et contours), dont la formation serait déterminée par les mouvements du subconscient.

Quelle que soit la méthode employée, l’exercice de la graphologie suppose un minimum d’intuition et de flair, une connaissance approfondie de la caractérologie et un esprit critique très aiguisé. Toute étude valable doit se fonder sur l’analyse de plusieurs documents du même scripteur, écrits à la plume et comportant de préférence des textes de lettres ou des compositions originales. L’adresse (sur les enveloppes de correspondance) et surtout la signature, sont d’un intérêt primordial.

Le domaine de la graphologie a dépassé le simple portrait psychologique : les expertises d’écriture ont des applications juridiques (identification des faux) et historiques. Les instituts de psychotechnique (orientation professionnelle, sélection, embauche) ont reconnu les services que peut rendre la graphologie. Les firmes industrielles et commerciales en font un usage courant.

Th. Kammerer.

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Existe-t-il des rapports entre l’écriture manuscrite des gens et leur caractère ou leur état moral et physique ? Image : © Megan Jorgensen
 

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