Fabulation

Nom donné à des productions imaginaires de l’esprit qui se présentent soit sous forme de récits plus ou moins coordonnés autour d’un thème principal, soit sous forme de propose parfaitement inadaptés aux circonstances de temps et de lieu.

Sous la première forme, la fabulation ressortit le plus souvent à une disposition constitutionnelle à altérer la vérité : la mythomanie. Dans la seconde, elle est généralement la conséquence d’un état pathologique qui a entraîné la dissolution de la conscience, le fléchissement grave de la mémoire et du sens de l’orientation libérant l’imagination de tout frein et de tout réducteur (états post-confusionnels toxiques ou infectieux, affaiblissement mental, démence). On donne généralement à cette forme secondaire et associée le nom de confabulation.

1. La fabulation est une des manifestations courantes de la mythomanie infantile : un jeune sujet raconte des histoires inventées de toutes pièces ou bien germées dans son esprit à la suite de lectures, de films qui ont frappé son imagination. Il romance toute une histoire, parfois la vit (fugues) toujours au centre d’une situation qui lui paraît avantageuse pour se grandir aux yeux d’autrui ou, plus simplement, attirer la pitié sur lui. Et c’est ainsi qu’éclosent les histoires de faux enfants martyrs, de faux attentats, etc. De tels romans sont facilement percés à jour et il faut d’autant plus se méfier de ces récits mensongers qu’ils paraissent plus précis et avancés avec plus d’assurance (Heuyer, Collin).

Chez l’adulte, la fabulation est souvent le fait d’un manque de jugement associé à la vanité (débile vaniteux) ; elle crée de petits épisodes d’allure romanesque ou explose par accès. Plus soutenue, elle résulte volontiers d’une « compensation imaginative » (Montsassut) à des complexes d’infériorité ou à des échecs affectifs suivis de refoulement. Tout un roman se forge qui pourra, plus tard, suivant la complexion mentale et les tendances caractérielles du sujet, donner naissance à des états délirants passionnels (érotomanie) ou imaginatifs (délire de filiation). Quelques-uns de ces épisodes fabulants s’extériorisent sous des aspects médico-légaux plus sérieux : simulation de cambriolages avec bâillon de la part de certaines domestiques débiles, simulation d’attentats au bord de la route avec récit circonstancié et automutilation, accusation de viol ou d’attentat à la pudeur avec désignation de l’agresseur pouvant entraîner de regrettables erreurs judiciaires, allégation d’héritage dont les preuves sont contenues dans un coffre-fort mystérieux (affaire Thérèse Humbert). La crédulité du public peut être surprise et ces fabulateurs peuvent faire un certain nombre de dupes attendries, indignées ou émerveillées.

La fabulation a un intérêt médico-légal car elle peut conduire l’individu à l’autoaccusation, aux fausses dénonciations, aux faux témoignages et aussi à certaines activités revendicatrices ou persécutrices.

II. La fabulation délirante peut se rencontrer comme syndrome secondaire et accessoire dans un certain nombre d’états psychopathiques assez divers et parfois même y prendre, apparemment, une place de premier plan.

a) La fabulation se rencontre fréquemment dans la débilité mentale, soit sous forme de bouffées délirantes, soit sous forme d’un thème longtemps poursuivi (idées d’invention, de réforme et de rénovation sociale) ; la niaiserie et la puérilité des conceptions éclatent à travers l’assurance et la volubilité qui présentent parfois ces débiles. Cette fabulation des débiles peut porter exclusivement sur le passé, n’intéressant par leur comportement présent. La crédulité et la suggestibilité s’ajoutent toujours à la mythomanie fabulante.

b) L’élément imaginatif se glisse souvent dans des psychoses systématisées, en particulier chez les interprétateurs et les revendicateurs, surtout dans les formes à idées de grandeur.

Les érotomanes alimentent volontiers leur activité délirante par des inventions romanesques.

c) Certains états d’hypomanie légère ouvrent les portes à un flux de fabulations mythomaniaques parfois apparemment coordonnées, le plus souvent mobiles, instables et diversifiées.

d) A la suite de certains onirismes confusionnels peut s’installer une fabulation délirante, plus ou moins organisée ou systématisée, d’une durée variable. Au rêve toxique succède, par l’intermédiaire de la rêverie fabulante, l’éclosion d’emblée de conceptions imaginatives. Les romans d’auto-accusation des alcooliques, si précis et si détaillés parfois, en sont un des exemples les plus saisissants. La psychose polynévritique de Korsakoff, toujours embrumée de confusion mentale à son début, en est un autre exemple ; elle comporte en effet, comme signe pathognomonique, une fabulation prolongée, plus ou moins cohérente, que l’amnésie de fixation, toujours présente, facilite dans sa prolongation.

e) Dans les démences, il s’agit également d’un affaiblissement du jugement et du sens critique. La paralysie générale fournit le plus bel exemple de ces productions parfois monstrueuses de l’imagination ; le frein du jugement et de la critique ne jouant plus, elle s’extériorise sous forme de mégalomanie satisfaite et béate, dont l’énormité et l’absurdité signent l’origine démentielle.

f) La fabulation délirante ou confabulation est un élément important de la presbyophrénie. Toutes les atteintes organiques des centres nerveux capables d’amener une certaine dégradation de l’activité consciente peuvent favoriser les bouffées délirantes de fabulation ; on en a décrit dans l’artério-sclérose cérébrale, la sclérose en plaques, etc.

P. Leonardon

racoon

La fabulation est une des manifestations de la mythomanie infantile : un jeune sujet raconte des histoires inventées de toutes pièces ou bien germées dans son esprit à la suite de lectures. Image : © Megan Jorgensen

Voir aussi :

Partager|