Existentialisme

Théorie philosophique affirmant la priorité de l’existence, du concret, du réel, par rapport à l’essence, aux notions abstraites.

Son représentant le plus connu en France, J.-P. Sartre, reprenant les thèses principales de Heidegger, enseigne que l’homme existe d’abord et qu’il ne se définit qu’après ; qu’il est ce qu’il se fait, qu’il sera d’abord ce qu’il aura projeté d’être ; qu’il est en conséquence pleinement responsable de lui-même d’abord, mais aussi de tous les hommes ; chacun de ses actes l’engage et engage l’humanité tout entière. Le sentiment de sa totale et profonde responsabilité conditionne son angoisse, avouée ou cachée : n’existe authentiquement que celui qui se choisit librement; mais ce choix est mutilant et, par là, tragique.

Jusque-là, existentialistes athées (Sartre, Camus) et chrétiens (Kierkegaard, Jaspers, Gabriel Marcel) sont d’accord. Ces derniers, naturellement, ne s’associent nullement aux propositions suivantes : Dieu n’existe pas : l’homme est libre, condamné à être libre et délaissé ; in ne peut compter que sur ce qui dépend de sa volonté (d’où la notion de désespoir). Il n’y a pas de déterminisme, l’homme est liberté, il est responsable de tout ce qu’il fait. L’acte libre se rattache non à l’activité rationnelle, mais à l’activité instinctive. L’existence elle-même est absurde ; elle débouche dans le néant.

Parmi les thèmes développés le plus volontiers par cette philosophie se rencontrent le sentiment aigu de l’existence des choses et de soi-même : l’étonnement d’exister, le drame de l’existence. Le monde n’est pas une réalité rigide et valable pour tous, il varie avec les individus, avec les peuples, avec les époques. Chaque individu, enfermé dans son existence, ne peut comprendre les autres, ni se faire comprendre d’eux.

Ces divers points de vue rappellent au psychiatre d’une manière saisissante les sentiments exprimés par certains malades, telle la schizophrénie de Louisa Duss.

L’Analyse existentielle, avec Binswanger, Storch, nous a valu, en Psychiatrie, une étude pénétrante du sentiment de l’Être chez les psychopathes ; avec Mikowski, du phénomène de l’Avoir, de la notion du temps vécu, et d’une manière générale, de l’évolution de la personnalité de l’Être-dans-le-monde. Elle nous incite à rechercher, dans l’histoire du malade prise dès la naissance, la non-harmonisation avec le milieu dans son devenir, quitte parfois à ramener ce désaccord à une déficience innée. Elle permet de préciser la genèse des complexes, à l’occasion d’un événement conflictuel dans une existence particulière. Elle détermine la forme, le style d’une vie : elle nous trace par là une voie d’accès vers la caractérologie et la typologie constitutionnelle. Elle nous fait sentir comment un psychodrame, un test de Rorschach, ou l’étude des dessins d’enfants, peuvent nous donner un aperçu de la vision du monde chez un sujet déterminé (Minkowski).

Désormais, nous saisirons comment la méthode de Szondi nous ouvre une porte vers l’Analyse du Destin (Requet) : choix de l’épouse ou de l’ami, choix du métier, choix du crime, choix de la maladie et de la « motivation inconsciente », celui du besoin pour l’être vivant de tendre sans cesse à reconstituer une situation antérieure, de l’impulsion à refaire toujours la même chose (Kant’ Kierkegaard, Freud, Goldstein, etc.).

Signalons enfin, à l’actif de Sartre, des études du plus haut intérêt sur une psychologie renouvelée de l’imagination et une théorie nouvelle (magique) des émotions qui rejoint avec bonheur les enseignements de l’ethno-psycho-pathologie.

Après avoir noté l’aide mutuelle que peuvent se rendre diverses disciplines à l’ordre du jour, nous ne dissimulerons pas que des abîmes doctrinaux actuellement infranchissables les séparent.

H. Aubin

existentialisme

Le monde n’est pas une réalité rigide, il varie avec les individus, avec les peuples, avec les époques. Illustration : © Megan Jorgensen

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