Escroc, Escroquerie

Soigneusement délimitée par la loi pénale, l’escroquerie peut être entendue dans un sens plus général par le psychiatre qui lui reconnaîtra (en dehors du cadre concret de l’expertise judiciaire bien entendu) des affinités fondamentales avec l’abus de confiance, la banqueroute frauduleuse, la tricherie au jeu, la tromperie commerciale et tous délits voisins dans lesquels l’appropriation frauduleuse du bien d’autrui se distingue du vol, par l’emploi de manœuvres plus ou moins astucieuses qui spéculent sur le consentement de victimes crédules.

L’escroquerie trouve un climat de prédilection dans les époques politiquement ou économiquement troublées, en fonction de la complexité de la vie et des réglementations et parce que les sanctions qui la punissent sont moins redoutables que ne sont avantageux les profits qu’elle peut apporter.

Elle est bien rarement l’effet d’une maladie mentale quoiqu’on l’ait signalée dans les phases prodromiques de certaines affections (paralysie générale, schizophrénie, hypomanie, etc.).

À l’ordinaire, l’escroc n’est qu’un sujet dénué de scrupules, victime parfois d’une mauvaise éducation, cédant sans résistance à la tentation d’une opération fructueuse par nécessité ou facilité, obéissants à la contagion du milieu social. On retrouve habituellement chez les escrocs une personnalité déséquilibrée sur  le plan caractériel et dont le profil psychologique peut être très varié. N’est pas un escroc qui veut (Gouriou). Les déviations le plus souvent rencontrées sont le goût du lucre et de la parade, la vanité, les tendances mytho-maniaques et une fréquente inclination pour la simulation mentale. Toute escroquerie ne comporte-t-elle pas, outre l’intention du délit, une grande part de mise en scène et une invention chimérique destinée à tenter, puis à subjuguer la victime ?

C’est au service de ces tares psychologiques et morales que l’escroc applique son intelligence. Selon le degré de développement de celle-ci et l’étendue de ses connaissances, il fait carrière parmi les « escrocs au petit pied » ou parmi les « escrocs du haut vol ».

Comme les voleurs, les escrocs se stéréotypent volontiers dans la nature ou la forme de leurs délits. Le milieu et l’époque conditionnent pour le reste les modalités de l’escroquerie : il suffit de s’en rapporter aux faits divers et à la chronique des journaux quotidiens.

L’escroc caractériel est un récidiviste impénitent ; la société est mal défendue contre ses entreprises par le système répressif qui ne l’intimide guère, surtout quand quelque gauchissement de son psychisme lui apporte le bénéfice d’une responsabilité atténuée.

Ch.Bardenat

poubelle

« Un bon escroc est un farceur ironique qui se joue de la distraction, de l’impertinence, de la naïveté ou de la nervosité de ses contemporains. » (Henri Jeanson, journaliste et écrivain français, né en 1900 et mort en 1970). Image : © Megan Jorgensen

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