Divination, Divinatoire

Les sciences divinatoires, la divination ont toujours fait partie de la Magie et constitue, dans le domaine du Merveilleux, l’une des formes les plus désirables de puissance. C’est, il est vrai, la forme de connaissance la plus immédiate et la plus complète ; c’est aussi, en un sens, la plus économique, celle qui demande le moins d’effort intellectuel et qui, trop souvent associée au Fatalisme, dispense de l’effort physique et du labeur soutenu. A tous ces titres, elle ne peut que séduire le primitif tel que nous le connaissons et tous ceux qui s’en rapprochent.

Le besoin de connaître et de prévoir, toutefois, constitue une tendance légitime à connaître les dangers qui nous menacent et à les  combattre avant qu’ils ne soient trop forts : c’est la sagesse même.

Le Primitif n’entreprend rien (chasse, guerre, travail agricole, recherche du responsable d’un accident ou d’un crime) sans interroger les présages familiers, méditer sur ses rêves, en provoquer au besoin. Chose importante et trop peu connue : le présage et tous les moyens magiques de connaissance sont en même temps des Forces en action qui tendent à la réalisation du fait prédit. Prédire et produire sont liés par un même déterminisme auquel, par surcroît, il est dangereux et sacrilège de s’opposer. Cette notion dont les traces s’observent en psychologie normale (rancune contre les prophètes de malheur), apparaît fréquemment en psychologie pathologique. A côté du rêve, des pressentiments et intuitions délirantes (Dublineau), il faut insister sur l’interprétation délirante et les oracles hallucinatoires qui ont tous ce triple caractère d’avertissement, d’efficience et de « sacré » (au sens du mot latin : sacer). On peut en dire autant de certains phénomènes autoscopiques et cénesthésiques (id.)

La divination de la pensée (Heuyer et Lamache, Congrès des Aliénistes et Neurologistes, 1925, p. 197) constitue, pour certains malades, une faculté exceptionnelle qui leur permet de connaître directement la pensée d’autrui.

Le délire prophétique peut en être rapproché.

Du point de vue séméiologique la divination, sous ses diverses formes, peut s’observer dans tous les états.

Elle exprime chez le mélancolique les châtiments qui sanctionnent sa culpabilité et son indignité : intuitive ou sous la forme d’hallucinations brèves stéréotypées (« Tu vas mourir » ; « Te es le déshonneur de ta famille » ; « Tu feras le malheur de tous les tiens »), ou encore d’interprétations typiques. Elle porte en elle son potentiel d’efficience et doit suivre son cours, ainsi que nous l’avons montré (Explication sociologique du délire mélancolique, Congrès des Aliénistes et Neurologistes, 1947).

Fabulation et activité de jeu chez le maniaque, forme de mythomanie chez l’hystérique, elle intervient à tout moment dans les délires d’influence, les paraphrénies, les états démentiels, etc. Elle signifie volontiers un certain contentement de soi, une vanité puérile, plus rarement un don sacré et redoutable.

H. Aubin

baguette divinatoire

Une baguette de pain français est beaucoup plus utile qu'une baguette divinatoire (citations de Megan Jorgensen). Image : © Megan Jorgensen

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