Distraction

Déplacement de l’attention vers une perception ou vers une idée étrangère aux circonstances actuelles ou n’ayant pas de rapport logique avec le cours antérieur de la pensée.

Il existe deux variétés de distraction, différentes et jusqu’à un certain point opposées : tantôt une concentration psychique très intense fixe l’attention sur un sujet déterminé avec une telle vigueur qu’elle cesse d’être disponible pour tout le reste : c’est la distraction du savant ou du penseur absorbé dans sa médiation et qui réagit aux événements extérieurs par des automatismes plus ou moins heureux. Tantôt la concentration psychique est impossible ou insuffisante et le moindre incident suffit à détourner le cours de la pensée : c’est la distraction de l’écolier dont le vol d’une mouche suffit à interrompre le travail. On dit parfois qu’il a excès d’attention réfléchie dans le premier cas, d’attention spontanée dans le second : il serait plus juste de dire que l’attention manque là de souplesse et ici de vigueur ou de stabilité.

On retrouve en pathologie mentale ces deux variétés de distraction.

L’excès de concentration existe chez le mélancolique qui rumine ses idées de culpabilité, de ruine ou d’hypocondrie et dont la distraction pour tout ce qui l’entoure peut atteindre à la stupeur. On le trouve presque toujours dans les états à forte affective, beaucoup moins d’ailleurs chez les passionnels, l’interprétation l’emportant alors sur la distraction, que chez les délirants vaniteux : ces derniers sont généralement inconscients de leurs distractions dont les effets, lorsqu’ils les constatent, servent aussitôt à alimenter leur délire. Proche de ce premier type de distraction est le perpétuel retour de l’obsédé à son idée obsédante.

L’attention, par contre, est à des degrés divers affaiblie et dispersée chez les confus (la stupeur confusionnelle est donc, tout au moins dans les cas typiques, fort différente de la stupeur mélancolique) et chez les maniaques, l’extrême instabilité de l’attention pouvant alors en imposer pour une « exaltation de l’attention spontanée ». Ce type de distraction se rencontre encore chez les psychasthéniques, qui s’en plaignent d’ailleurs volontiers, mais chez qui une observation attentive la montre très rarement accentuée. À vrai dire, la distraction du psychasténique participe souvent des deux mécanismes que nous avons décrits et peut-être doit-on la considérer comme appartenant à un type intermédiaire.

J. – M. Sutter

distraction

« La vie est une perpétuelle distraction qui ne vous laisse même pas prendre conscience de ce dont elle distrait. » (Franz Kafka). Photo : © Univers.GrandQuebec.com

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