Dessin chez l’enfant

L’étude du dessin chez l’enfant, de son évolution avec l’âge, de sa valeur comme moyen d’expression au cours de ses problèmes affectifs a puissamment contribué à l’enrichissement de sa psychopathologie.

La première étape logique sera une connaissance approfondie du geste graphique. Certains graphologues modernes revenant sur les travaux un peu hâtifs de leurs précurseurs ont abordé ce sujet. Mira y Lopez, à l’aide d’une technique simple, a posé un certain nombre de principes intra et extratensives, hyperémotives, anxieuses, inhibitrices, etc. Les tracés obtenus avec la main dominante refléteraient la vie consciente, ceux de la main non dominante la vie inconsciente.

Lauretta Bender, en demandant à un sujet de copier quelques figures caractéristiques correspondant à des niveaux différents de structuration, étudiées à la lumière des théories gestaltiques, nous donne un moyen élégant d’apprécier le stade du développement intellectuel et certaines formes de désagrégation de la personnalité ; le diagnostic de schizophrénie infantile s’en dégage parfois d’une manière surprenante.

Le gribouillage que l’enfant peut exécuter dès le début de la seconde année peut déjà donner des précisions sur la vitalité d’un sujet, son équilibre, sa stabilité, ses possibilités d’inhibition ou ses tendances impulsives et certains aspects de la personnalité qui se compliquent avec l’âge.

Au gribouillage informe où l’enfant s’amuse à dessiner un objet fortuitement suggéré par certains contours (réalisme fortuit) fait suite une série d’essais où il cherche à représenter quelque chose (réalisme voulu) ; c’est d’abord une juxtaposition d’éléments dont il demeure un certain temps incapable de faire la synthèse. Il arrivera enfin à représenter un objet tel qu’il soit qu’il existe, avec ses différents éléments (réalisme intellectuel) et ce n’est que dans un dernier stade qu’il se résignera à ne représenter que ce qu’on peut réellement voir de lui (réalisme visuel). Tel est du moins le schéma que nous propose Luguet, en faisant observer, tout de suite, que cette distinction, très théorique, demande de nombreux correctifs.

C’est pratiquement le dessin de personnages qui donne les résultats les plus intéressants. Florence Gooddeough nous offre un moyen séduisant de contrôler un niveau de développement en étudiant les éléments du bonhomme représenté (ce test a été perfectionné par Fay et par Rey). Karen Machover, en psychanalyse avertie, en a tiré des conclusions beaucoup plus étendues, s’inspirant du symbolisme des diverses parties du corps ; nous avons appliqué nous-même des recherches du même ordre à l’étude de certains problèmes ethno-psychologiques et pédo-psychiatries. Si l’on demande à l’enfant de représenter un seul personnage, c’est le sujet qui l’intéresse le plus qu’il représente immédiatement, le plus souvent c’est lui-même; parfois l’un des parents, un petit frère jalousé, un adulte admiré, etc.

Proposons-lui de dessiner une famille, ou laissons-le libre de dessiner une scène à son choix, les omissions, les déformations, les surcharges, l’échelle de grandeur des personnages, l’ordre de leur représentation nous donneront une foule de renseignements sur ses sentiments profonds, sur les problèmes qu’il a à résoudre (Heuyer et Morgenstern, Mad, Rambert, Louise Despert, Maurice Porot). En dehors des personnages, divers auteurs ont étudié avec des résultats intéressants ce que l’on pouvait tirer d’autres thèmes électifs de l’enfant : la maison (Mme Minkowska), l’arbre, les fleurs, les animaux, etc.

Il n’est pas d’équipe médico-psycho-pédagogique qui n’utilise maintenant avec le plus grand profit le matériel spontané ou provoque que nous apporte inlassablement l’enfant et qui l’aide en même temps à se libérer de ses difficultés affectives.
La peinture, la linogravure et bien d’autres procédés sont utilisés avec le même succès ; mais, pour les psychanalystes, la peinture au doigt et le modelage, substituts du barbouillage fécal infantile, représenteraient le meilleur mode de réadaptation pour les problèmes liées aux difficultés de la période sadique anale.

En réalité, toutes ces techniques s’inscrivent dans les activités de jeu et à ce titre constituent le langage le plus éloquent de l’enfance. Dans certains cas privilégiés, peut-être moins rares qu’on ne le suppose au premier abord, elles sont déjà un moyen de dépassement, de sublimation, une recherche de valeurs supérieures ou plus simplement, chez d’autres, une activité d’ordre magique qui s’apparente à celle des premiers artistes.

H. Aubin

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Tous les dessins racontent quelque chose d'important… Image : © Megan Jorgensen

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