Uncinée (Crise)

Décrite par H. Jackson, sous le nom de “Uncinate fit”, la crise uncinée est un accident paroxystique caractérisé par un trouble particulier de la conscience et de l’affectivité (« dreamy state » ou « état de rêve »), associé à des hallucinations multisensorielles. Elle peut s’observer seule ou précéder une crise épileptique convulsive qui revêt souvent alors la forme d’une crise adversive ; elle traduit la souffrance du lobe temporal (v. Temporal), et, plus particulièrement, selon Jackson qui les a décrites, de l’uncus de l’hippocampe. On l’observe au cours des tumeurs de la face inféro-interne du lobe temporal et dans les atteintes plus diffuses (résultant de traumatismes, d’encéphalites, d’accidents vasculaires) intéressant la région pararhinale de Gastaut.

Le « dreamy state » comporte une baisse de la synthèse consciente généralement assez légère : le sujet réalise le caractère pathologique de son trouble et critique fréquemment ses hallucinations ; il ne perd pas complétement le contact avec son entourage. Ce qui domine la scène, c’est un état affectif particulier et d’ailleurs variable, mais toujours étrange et émouvant : sentiment de « déjà vu » ou au contraire de « jamais vu », d’irréel, d’inexprimable, envahissement de la conscience par des souvenirs remontant souvent à l’enfance et réalisant à l’extrême le phénomène de la mémoire panoramique.

Les hallucinations de la crise ulcinée peuvent être, surtout au début et de façon très fugace, des hallucinations olfactives et gustatives, le plus souvent fort désagréables ; elles sont rarement auditives. Les hallucinations visuelles, au contraire, sont fréquentes et persistent pendant toute la durée de l’accident. Elles sont de type onirique et se projettent souvent dans le champ aveugle lorsqu’il existe une hémianopsie.

En général, les crises uncinées se répètent à la manière de paroxysmes épileptiques. Leur valeur localisatrice est certaine, mais J. de Ajuriaguerra et H. Hegaen insistent sur le danger de les confondre avec les accidents analogues observés au cours des tumeurs de la base ou des lésions bulbaires, dans lesquelles l’anxiété est pourtant, à l’ordinaire, plus prononcée. On doit surtout se rappeler que le lobe temporal peut « souffrir » et traduire sa souffrance par des signes cliniques et électriques dans des cas de lésions et en particulier de tumeurs qui siègent en dehors de son territoire, ce qui oblige à une grande prudence d’interprétation.

J.-M. Sutter

passé et présent

« On essaie en vain de rattraper sa vie. Le passé, présence hallucinante qui fut quand on veut la rejoindre. » (François Hertel, Le beau risque). Image : © Megan Jorgensen

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