Bouffées délirantes

On emploie cette appellation pour désigner des états psychopathiques aigus ou subaigus, ayant pour caractères communs d'apparaître assez brusquement, d'avoir un cycle évolutif relativement court, d'une durée de quelques jours à quelques semaines, plus rarement de quelques mois, de présenter comme dominante symptomatique des thèmes délirants, tantôt d'apparence systématisée, tantôt polymorphes et de se résoudre favorablement.

Ce terme commode, mais imprécis couvre des faits assez disparates comme formule et assez variables comme signification. Il ne saurait être considéré comme une entité nosologique, ni même un syndrome commun. L'élément délirant est, du reste, très souvent intégré dans d'autres manifestations, soit de la série confusionnelle, soit de la série maniaco-dépressive qui lui enlève tout cachet de spécificité et d'autonomie nosologique.

L'appellation en question semble avoir servi d'abord à désigner les épisodes aigus survenant chez ceux que Maonan appelait des dégénérés et qu'il opposait au délire chronique systématisé («délires d'emblée des dégénérés») ; puis cette étiquette a été appliquée à des accès de nature diverse, les uns paraissant reposer sur des dispositions constitutionnelles (débilité mentale, constitution paranoïaque, déséquilibres divers, cyclothymies) ; les autres, représentant des états aigus réactionnels (bouffées délirantes d'origine affective ou anxieuse, délires de conversion ou de compensation, psychoses systématisées post-oniriques curables) ; enfin, on l'a utilisée pour désigner certains accidents mentaux épisodiques survenant au cours de processus organiques en évolution (présénilité ou sénilité, paralysie générale, états organopathiques divers, auto-intoxications, etc.).

Malgré leur diversité, les bouffées délirantes restent des réalités cliniques incontestables qu'il faut savoir interpréter. En voici quelques types :

les bouffées délirantes sont fréquentes chez les débiles mentaux, qui cèdent aux moindres suggestions ; ce sont les débiles vaniteux surtout qui les présentent sous forme d'idées de grandeur, de mission à remplir, de poursuite amoureuse et, parfois, de délires naïfs d'invention ;

les états d'hyperémobilité, les étals passionnels peuvent s'exhausser jusqu'à des bouffées délirantes passagères (jalousie délirante, exaltation mystique, etc.);

certaines constitutions morbides latentes ou certaines dispositions caractérielles peuvent soudainement se révéler par une bouffée délirante passagère ; le mythomane fera un délire de fabulation et d'imagination ; certains hystériques font un brusque retour dans le passé extériorisant et mimant des scènes antérieures qui avaient sarde dans leur subconscient une forte charge affective (délire ecmnésique) ; le petit paranoïaque fera plus ou moins subitement un délire de persécution ou de revendication d'allure systématisée.

Notons, dans la plupart des cas, l'importance des causes révélatrices créant des psychoses aiguës réactionnelles : choc affectif, surmenage, circonstances de guerre, avec ou sans appoint toxique.

On a pu voir survivre à certains onirismes toxi-infectieux, alors que la lucidité paraît revenue, un délire d'apparence systématisé qui dure quelques jours ou quelques semaines et disparaît complètement.

Nous ne pouvons que mentionner les bouffées délirantes des auto-intoxications comme l'urémie, l'insuffisance hépatique, Belles qui accompagnent la résorption des aedèmes, des anémies aiguës, etc.; celles qui surviennent au moment de la présénilité et constituent des manifestations épisodiques de l'affaiblissement sénile.

Les cas les plus délicats au point de vue diagnostic et pronostic sont incontestablement les bouffées délirantes juvéniles. Elles doivent toujours faire craindre la possibilité d'une schizophrénie dont elles d'un état permanent de schizoïdie, dont elles constituent parfois un lever de rideau, ou d'un état permanent de schizoïde, dont elles représentent des poussées paroxystiques (schizomanie de H. CLAUDE). Il n'est pas rare qu'une bouffée délirante se répète plusieurs fois avec des rémissions qui font penser à la guérison, mais qu'a la deuxième ou troisième reprise le sujet glisse progressivement dans un état de fléchissement avec discordances symptomatiques de la schizophrénie.

Outre la nécessité de fouiller les antécédents, de mesurer le niveau mental, il conviendra de rechercher les signes dissociatifs ou de petites séquelles comme l'autisme, le fléchissement de l'attention, l'apragmatisme. Il est toujours prudent de faire des réserves pronostiques quand la cause déclenchante ne paraît pas pouvoir, à elle seule, expliquer l'apparition de la bouffée délirante.

On a souligné aussi la parenté que certaines bouffées délirantes à répétition pouvaient avoir avec la psychose périodique ; mais il y a toujours en pareil cas, une certaine agitation ou, au contraire, un fond de dépression assez caractérisé et, à mesure que le sujet avance en âge, les formules maniaques et mélancoliques deviennent de plus en plus rares.

Toutefois, il existe même chez des sujets .d'un certain âge des accès périodiques dans lesquels le contenu dominant est un délire caractérisé : délire d'interprétation, d'apparence pure, thème paranoïaque caractérisé. II y a alors souvent association de plusieurs dispositions constitutionnelles.

Ant. Porot

bouffées délirantes

« Ceux qui ont créé les mots croyaient au délire. » Platon, philosophe grec. Image : © Megan Jorgensen

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