Arriération mentale

Arrêt ou insuffisance du développement des facultés intellectuelles, mettant certains sujets en état d'infériorité plus ou moins grave dans l'adaptation aux exigences de la vie et les possibilités d'instruction.

Le terme d'oligophrénie est de plus en plus utilisé, surtout à l'étranger, pour désigner ces insuffisances mentales.

1° Étiologie

Nombreux sont les facteurs que l'on peut mettre en cause dans ces états d'arriération; les uns sont immédiatement apparents en raison de troubles morphologiques ou de stigmates   neurologiques; d’autres sont suspectés par les antécédents: Certaines épreuves de laboratoire.

a) Les facteurs héréditaires sont souvent en cause, soit qu'il s'agisse d'une disposition familiale abiotrophique (il y a des familles d'oligophrènes), soit qu'il s'agisse d’une hérédité toxi-infectieuse: à cet égard, l’alcoolisme des parents tient une place considérable, puis vient la tuberculose, enfin la syphilis.

Dans ces dernières années, l'incompatibilité Rhésus a été signalée chez les parents de petits oligophrènes  ayant présenté ou non de l’ictère nucléaire au moment de leur naissance.

b) Ce sont surtout les encéphalopathies infantiles qui sont à l'origine de beaucoup d'arriérations mentales qu'elles s'accompagnent ou non de lésions grossières du cerveau, de modifications du volume de la tête (hydrocéphalie, microcéphalie). En général, en pareil cas, il y a fréquemment association d'accidents convulsifs et de stigmates neurologiques (paralysies diverses, syndromes sous-corticaux, etc.). Ajoutons qu'en ces dernières années, on a insisté sur le rôle des accidents ou infections pouvant atteindre le fœtus (embryopathie, carences alimentaires, intoxications professionnelles, paludisme, rubéole maternelle).

On a également incriminé récemment l'action nocive de certaines infections parasitaires (toxoplasmoses) ; quelques-unes sont mortelles à plus ou moins brève échéance, mais d'autres permettent la survie avec d'importants déficits psychiques.

c) Rappelons le rôle fréquent des traumatismes obstétricaux, de l'asphyxie à la naissance dans la genèse de ces arriérations. Les traumatismes crâniens accidentels pendant les premiers mois ou les premières années de la vie peuvent avoir les mêmes effets de retardement.

d) Les insuffisances endocriniennes sont souvent à l'origine d'arriérations plus ou moins importantes qui peuvent aller de l'idiotie la plus profonde à de simples retards qu'un traitement glandulaire peut corriger (crétinisme, myxcedème et autres insuffisances   thyroïdiennes et hypophysaires); le mongolisme avec ses stigmates morphologiques spéciaux peut en être rapproché.

e) Enfin, on a décrit récemment aussi des oligophrénies en rapport avec des troubles du métabolisme et l'oligophrénie phénylpyruvique en est un exemple intéressant avec ses perspectives thérapeutiques (acide glutamique).

2° Symptomatologie

a) Niveau mental. - Le niveau mental des arriérés est plus ou moins abaissé et leur âge mental est nettement inférieur à l'âge réel. La détermination de ce niveau mental se fait à l'aide des tests. Ce niveau va de la simple débilité jusqu'à l'idiotie, profonde en passant par l'imbécillité.

Il est important dans la pratique de chercher à savoir les chances qu'un arriéré a de progresser:

  • Si le sujet a plus de 15 ans, si à plus forte raison c'est déjà un adulte, le classement trouvé est définitif.
  • Si le sujet est jeune, ses chances de gain augmentent avec l'importance du quotient intellectuel.

L'âge mental de 10 ans montre la fin d'une évolution psychique, le commencement d'un rendement intellectuel. C'est à cet âge que l'enfant est capable de formuler un jugement objectif, de critiquer une situation au point de vue logique. Il correspond au cours moyen des écoles primaires qui comporte surtout l'enseignement des mécanismes scolaires. Au-delà, on apprend à l'enfant à se servir de ces mécanismes grammaticaux et arithmétiques.

C'est aussi l'âge du discernement devant les Tribunaux (13 ans).

L'arriération mentale peut se révéler dès les premiers mois de la vie aux yeux de parents attentifs (retard de l'attention, de l'intérêt affectif, retard du langage). Mais c'est surtout à l'âge scolaire qu'elle se manifeste avec le plus d'évidence, les acquisitions didactiques se révélant difficiles ou impossibles.

b) Manifestations associées. - L'arriération mentale, suivant ses facteurs étiologiques, peut être simple: elle est le plus souvent associée à de l'arriération physique (retard du développement corporel, infantilisme, retard de la marche, du langage) et, surtout, à des manifestations neurologiques, organiques ou endocrinologiques diverses, ainsi qu'à des convulsions.

Rappelons qu'il existe aussi une arriération affective : enfants oubliés ou malmenés, inhibés dans leurs moyens. Il peut y avoir un véritable infantilisme affectif qui simule le déficit intellectuel.

En présence d'un enfant suspect d'arriération mentale, il convient enfin de déterminer si des éléments secondaires d'ordre caractériel (instabilité, turbulence, perversité) ne viendront pas compromettre les efforts pédagogiques qu'on peut entreprendre en faveur de son relèvement.

3° Le point de vue social

L'arriération mentale pose un certain nombre de problèmes sociaux et pédagogiques sur lesquels, depuis plus d'un siècle, se sont penchés médecins et éducateurs (Itard, 1801; Pinel, 1809).

Dans une première période (Ire clinique), on se contenta de créer pour les gros arriérés des services ou des établissements spéciaux. Le nom de Bourneville reste attaché aux études anatomo-cliniques faites au XIXe siècle. La théorie de la dégénérescence pesait alors de tout son fatalisme sur ces déshérités.

Pourtant déjà, de 1837 à 1850, un Français expatrié en Amérique, Seguin, inaugurait l'ère pédagogique et fondait près de Boston les premières classes pour arriérés. Les frères de la Charité, à l'Hospice Guislain de Gand. en 1857, employèrent les premiers la méthode sensorielle dont s'inspirèrent plus tard Mme Montessohi, le D. Declory. L`Allemagne créa, en 1867, la première classe d'Europe pour arriérés.

Avec la mesure de l'intelligence par les tests créés entre 1905 et 1910, par Binet et Simon, commence une ère psychométrique qui permettra une meilleure incrimination et une meilleure orientation des arriérés. Ces premiers travaux sont complétés par ceux de Terman, Declory, Mlle Desoeudres, Claparede, De Sanctis, Bovet, Lahy, Lagache, Piaget, Rorschach, Rey, Vermeylen, Heuyer, etc.

En France fut promulguée, le 15 avril 1909, une loi créant des classes de perfectionnement, des écoles autonomes et des décrets réglèrent leurs conditions de fonctionnement. Cette loi a déçu bien des espoirs et soulevé un certain nombre de critiques; elle a un caractère simplement facultatif et non obligatoire; le nombre des classes ou établissements créés reste très au-dessous des besoins. Le rôle du médecin spécialiste n'avait pas, au début, toute l'importance souhaitable, d'où absence de sélection à l'entrée et encombrement par d'autres catégories d'anormaux (instables, pervers caractériels), qui ne sont pas à leur place.

Mais l'initiative privée, le Service social des Écoles, qui s'est beaucoup développé en ces dernières années, la création de nombreuses consultations de neuropsychiatrie infantile, sont venues atténuer les insuffisances initiales.

Dans la pratique, quand on se trouve en présence d'un enfant arriéré, un premier examen direct et surtout l'emploi de tests permettront de voir s'il est éducable ou non :

  • éducable, il relèvera des classes de perfectionnement du domaine pédagogique. Si l'enfant présente des tares graves du caractère, il devra être envoyé dans un internat pour anormaux, s'il en existe ;
  • inéducable, il tombe dans le domaine de l'assistance et s'il est profondément déchu (idiot, imbécile), il sera justiciable des hôpitaux psychiatriques, de leurs sections spéciales quand elles existent. S'il ne présente pas de grosses tares, on peut le maintenir dans la famille, quand c'est possible, ou alors le placer dans des établissements spécialisés, non soumis à la loi de 1838.

La thérapeutique proprement médicale de l'arriération intellectuelle doit viser d'abord les facteurs étiologiques qui ont pu être décelés : hérédo-syphilis, insuffisance glandulaire, etc.

On a fondé dans ces dernières années de grands espoirs dans le traitement des oligophrénies, sur l'acide glutaminique qui présente une importance de premier ordre dans le métabolisme et les échanges intermédiaires et de façon toute particulière dans ceux de la cellule nerveuse (Weil-Malherbe, 1936). Chez les oligophrènes il a donné des résultats intéressants à plusieurs auteurs, spécialement dans l'oligophrénie phénylpiruvique (J. Delay, Laffon). Mais pour Donnadieu et Achalle qui l'ont donné à forte dose et pendant assez longtemps, il ne semble pas que la progression obtenue, mesurée par les tests appropriés, soit supérieure à celle que le développement normal par rapport à l'âge peut expliquer.

Ant. Porot

arrieration mentale

On a fondé de grands espoirs dans le traitement des oligophrénies. Image : © Megan Jorgensen

Lire aussi :

Partager|