Arriération affective

Alors que l'arriéré mental (comme le débile d'esprit) est un infantile de l'ensemble du psychisme (considéré principalement au point de vue du niveau intellectuel), l'arriéré affectif est un individu normalement intelligent, parfois même très doué intellectuellement, mais dont l'évolution affective, c'est-à-dire la maturation des instincts, sentiments et émotions, est restée plus ou moins incomplète.

L'arriération affective a été surtout mise en lumière par la psychanalyse. Elle explique, pour les psychanalystes, la fixation à l'enfance de certains individus, sous la forme de persistance, d'attitudes infantiles à l'égard des parents et, comme corollaire, de la sexualité infantile, c'est-à-dire non parvenue au stade génital adulte. Elle a été ensuite élargie et étendue à tous les anormaux et malades chez lesquels on décèle une immaturation affective, sous la forme d'un fort égocentrisme avec possessivité des sentiments; le sujet n'étant pas parvenu au stade de l'altruisme, de l'«oblativité», qui caractérise l'amour des sujets adultes normaux.

L'arriération affective se rencontre :

a) Chez les névropathes; les symptômes psychiques traduisent un attachement normal au passé infantile et au milieu familial; ce qui les empêche de s'adapter, sans souffrir, aux nécessités de la vie adulte, d'ordre sexuel, conjugal, professionnel, social ;

b) chez certains caractériels qui traduisent leur arriération affective dans leur comportement, soit par leur exigence sentimentale (égoïsme, jalousie, agressivité), soit par les mécanismes de compensation de l'insatisfaction qu'elle entraîne (intériorisation, complexe d'infériorité, mythomanie, associabilité; ces anormaux du caractère par arriération affective sont nombreux parmi les criminels ;

c) chez certains pervers soit instinctifs, soit sexuels, les premiers caractérisés par l'intensification de l'amoralité infantile avec agressivité, et les seconds, par la maturation secondaire d'une composante de l'instinct sexuel, c'est-à-dire d'une de ses racines infantiles ;

d) chez certains psychopathes, considérés avant l'apparition des symptômes évolutifs; certaines psychoses (comme la schizophrénie) survenant chez des individus non débiles, mais arriérés affectivement.

Mais l'arriération affective est particulièrement intéressante en ce qui concerne les névroses infantiles. En effet, alors que la névrose adulte repose sur la régression à une affectivité potentielle restée inévoluée depuis l'enfance, la névrose infantile met pleinement en évidence une simple fixation à des stades affectifs dont le dépassement s'avère difficile par suite d'une situation familiale présente anormale: frustration du besoin infantile d'être aimé, complexe d'Œdipe, etc.

- La notion d'arriération affective est admise aujourd'hui par tous les psychiatres. Mais le terme ne doit pas suggérer, par analogie avec certains infantilismes corporels, l'idée d'un état définitif : un individu arriéré affectivement peut - comme cela se produit manifestement chez les sujets jeunes - par une thérapeutique convenable, psychothérapie notamment, retrouver la capacité de maturation de son instinctivité.

A. Hesnard

arrieration affective

Certains personnes se fixent à son enfance pour s'échapper aux souffrances. Image : © Megan Jorgensen

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