Allergie en psychiatrie

L’allergie est l’état d’un sujet qui, par contact antérieur avec un antigène approprié, a acquis la propriété de réagir, lors d’une agression seconde, par le même antigène, d’une manière différente et généralement plus violente.

Cette notion de pathologie générale est-elle applicable en psychiatrie aux désordres mentaux? Elle a tenté beaucoup d’auteurs, mais il faut être très circonspect dans son application.

Elle n’est pas douteuse pour certaines encéphalites infectieuses (mélitoccocie, tuberculeuse) avec leur cortège de désordres psychiques. Poursines nous a donné une excellente étude de ces encéphalites allergiques. Nous avons-nous-même admis cette pathogénie pour certaines explosions de délire aigu, au cours de psychoses dont l’origine infectieuse était avérée ou latente.

D’autre part, plusieurs auteurs (Hyvert, Baruk, Aubin) ont souligné les rapports étroits entre certaines manifestations névrosiques ou psychosiques survenant chez des tuberculeux latents ou dans les formes atténues de tuberculose avec les phases allergiques de cette affection.

En dehors de ces faits, on a voulu voir une action allergisante de certains chocs émotifs violents ou de situations conflictuelles prolongées et expliquer la réapparition, pour des causes de moindre importance, de manifestations réactionnelle par le mécanisme de l’allergie ou de la sensibilisation émotive. J. Lépine avait, un des premiers, décrit cette sensibilisation et cette anaphylaxie émotive chez des commotionnés ou des grands émotionnés de la guerre de 1914-1918. Chez les instables ou les sujets dont l’équilibre psychique est particulièrement labile ou fragile, on peut assister à des décharges psychonévrosiques lors d’une réaction allergique. Larrouy, en particulier, en a publié quelques observations assez démonstratives chez l’enfant.

Ce sont surtout Mmes Pascal et Deschamps qui, en 1931 (Ann. Méd. Psych., 89-I : 449, et 89 – Il : 8, 1931), ont attaché leur nom à ce qu’elles ont appelé « psychose de sensibilisation » (dont fait partie la « paranoïa affective » de Kretschmer). Elles décrivent surtout un terrain spécial qu’elles appellent (« psychocolloïdoclassique » identifiable à la diathèse collodïdoclassique de Widal, à laquelle s’ajoutent des désordres psychiques. « Au point de vue biologique, disent-elles, ce terrain est une tare humorale et psychique en équilibre instable qui rend les sujets particulièrement vulnérables à l’égard des émotions et des agents de choc. » Elles ont ainsi groupé dans un cadre vaste et élastique un certain nombre de syndromes psychocolloïdoclassiques de sensibilisation, d’anaphylaxie mentale qui traduisent des réactions spécifiques de l’allergie mentale et humorale.

Dans un ordre d’idées voisin, plusieurs auteurs avaient avancé que les accès de la psychose périodique pouvaient eux aussi revendiquer cette explication allergique.

Cette même conception a été reprise par Sivadon à propos des rapatriés des camps de prisonniers ou de déportés faisant, après un temps de latence de deux à six ans, des états psychopathiques réactionnels manifestes, sous l’influence de causes « déchaînantes » minimes rappelant le gros état d’insécurité qui les avait sensibilisés plusieurs années auparavant (événements « préparants »). Il applique aussi ces mêmes données au déclenchement de certains accès maniaco-dépressifs. Il souligne que presque toutes les thérapeutiques employées avec succès dans la thérapeutique des psychopathies aiguës et subaiguës sont celles des états allergiques (thérapeutiques de choc et pyrétothérapies, antihistaminiques de dysnthèse, tuberculinothérapie, etc.).

Maurice Porot, à propos d’une étude critique des retentissements psychopathologiques des événements d’Algerie (A.M.P., 114, 2 novembre 1956, et P.M., 65, 27 avril 1957), a montré que ces événements n’avaient pas intensifié la fréquence des désordres mentaux, contrairement à ce que trop de gens croyaient ; beaucoup de produisaient chez des prédisposés ; leur aspect clinique ne présentaient rien d’originel.

Il y a en outre relevé et étudié chez un certain nombre de sujets une véritable allergie aux événements (A. M. P., avril 1958). « Un sujet saint et robuste est victime d’un traumatisme émotif violent du fait des événements; après un temps de sidération de quelques heures suivi d’un temps de latence de quelques semaines, tout semble rentrer dans l’ordre; brusquement, à la suite d’un fait minime, le plus souvent symbolique, apparaissent des réactions anxieuses extrêmement accusées, avec insomnie, sensiblerie, agressivité, réactions très difficiles à traiter et longues à guérir ».

Quelques auteurs cependant font des réserves sur une extension abusive de pareilles interprétations. X. Abely pense que chez certains traumatisés affectifs de guerre, il y a plutôt un phénomène d’hyperesthésie affective acquise et de saturation émotive qui les fait exploser à la moindre cause d’irritation.

Ant. Porot

allergie

 L’allergie, c’est tomber malade devant quelque chose qu’on n’a pas envie de faire. (John Steinbeck, né en 1900 et décédé en 1968, écrivain américain). Image : © Univers.grandquebec.com

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