Agressivité

1. L'instinct d'agression. Les biologistes nous avaient appris que l'agression est  un des  caractères fondamentaux de vivant et avaient souligné ses traits, dans la série animale, avec les manifestations de l'instinct sexuel.

Psychologues et psychanalystes ont confirmé leur domaine cette donnée fondamentale. La psychologie dynamique, si en faveur aujourd'hui, a mis en bonne place l’agression, la destruction et leurs manifestations. Toutefois, les psychologues pas toujours d'accord sur le sens à donner à ce mot; les uns le réservant aux actes de caractère hostile, destructeur, malfaisant; les autres l'appliquent à toutes les tendances actives, tournées vers l'extérieur, affirmatives de soi, possessives et constructives.

C'est en effet l'agression, au sens le plus élémentaire, qui permet à l'organisme d'utiliser ce qui l'entoure pour la satisfaction des besoins essentiels à sa vie.

Dans sa théorie des instincts, Freud admet deux forces instinctives fondamentales: l'une de vie, l'autre de mort; l'instinct sexuel représente le premier; les impulsions agressives par leurs tendances destructrices représentent le second. Ces deux instincts en se combinant ou se contrariant produisent tous les phénomènes de la vie. Il y a parallélisme et souvent fusion de ces deux instincts chez l'enfant en différentes phases de son évolution. Les impulsions agressives prêtent force et vigueur aux impulsions sexuelles et, grâce à cet appoint, ces dernières peuvent atteindre leur but. De leur côté, les forces agressives sont, de ce fait, dépouillées de leurs conséquences destructives et utilisées aux fins de la vie (Anna Freud).

2. L'agressivité chez l'enfant. - II y a interférence constante entre l'enfant qui cherche à assurer sa vie par ses instincts agressifs et la société et la famille dont les forces d'agression, organisées et disciplinées, cherchent à modeler sa vie. L'enfant peut être amené à des réactions constructives aussi bien que destructives. L'adaptation se fait bien chez un enfant normal qui peut trouver un climat compréhensif et affectif satisfaisants dans sa famille et son milieu social ; mais il n'en est pas toujours ainsi. Les parents surtout, dont le rôle est fondamental, peuvent se montrer trop exigeants vis-à-vis de l'enfant ou, au contraire, céder trop facilement à ses propres exigences; dans ce contact perpétuel ce sera, selon une dépendance inversée, ou la réaction d'imitation ou bien la réaction d'opposition, - cette dernière bien soulignée par Heuyer et qui est à la base d'orientations défectueuses. Cette opposition va se trouver à l'origine de beaucoup de réactions insolites: haines sournoises ou déclarées, fugues, parfois menaces («bourreaux domestiques» de Heuyer) ou, au contraire, refoulements dont l'action térébrante engendrera des attitudes singulières, de graves désordres caractériels ou des états névrosiques.

Pour effacer la réalité qui lui est pénible ou conjurer un danger réel ou supposé, l'enfant, en grandissant, se réfugiera vers les conceptions imaginaires destinées à lui créer des compensations.

Chez l'enfant normal, ses fantaisies s'associent sans difficultés avec la réalité ; par contre, chez l'enfant anormal, elles peuvent remplacer la réalité et se trouver à la base de problèmes psychopathologiques (Allen).

Anna Freud, soulignant le rôle de la «disette» ou de la frustration affective, attache une grande importance à la disjonction entre les deux instincts, sexuel ou d'agression, et pense que l'effort thérapeutique ne doit pas consister à s'opposer à l'agressivité par une contre-agression éducative, mais par la recherche d'un développement sexuel et affectif normal.

C'est assez souligner le rôle important de la psychanalyse infantile et de la psychothérapie étendue à la famille chez tous les jeunes sujets doués d'une agressivité anormale.

Préalablement, les tests de Rorschach ou les tests de projection, l'épreuve du dessin, permettent de détecter cette agressivité latente et, souvent, son objet.

3. L'agressivité chez l'adulte. Séméiologie. - On peut la définir: la disposition à l'attaque rencontrée chez tous les sujets en état d'hostilité active.

1) Elle peut être constitutionnelle: manifestation d'un tempérament violent et impulsif, elle est fréquente chez l'épileptique où on la rencontre sous forme de décharges paroxystiques (fureur épileptique). Quelques périodiques font leurs accès d'agitation sous une forme agressive (manie coléreuse). Le tempérament agressif est particulièrement fréquent dans certaines races (indigènes de l'Afrique du Nord).

Il y a aussi une agressivité constitutionnelle, lucide, s'exerçant à froid: celle du caractère paranoïaque, qui ne désarme jamais.

Certaines formes de malignité, térébrantes, peuvent en être rapprochées (malignité des pervers, des déséquilibrés, mythomanie agressive). Il faut souligner que, même dans ces cas, l'agressivité peut subir des variations de potentiel, en rapport avec les oscillations de la vie affective.

2) II y a, en outre, des agressivités accidentelles ou acquises.

a) La pathologie émotionnelle est riche en accidents de cette sorte: une hyperesthésie morale très vive, des blessures d'amour-propre mal contenues, des états passionnels, des raptus anxieux, peuvent se manifester par des décharges agressives.

b) L'agressivité est souvent la traduction d'une imprégnation toxique aiguë ou ichronique (alcoolisme, cannabisme, etc.).

c) Toutes les affections susceptibles de laisser comme séquelles des troubles de l'humeur et du caractère peuvent compter l'agressivité comme disposition résiduelle (encéphalopathies infantiles, encéphalopathies de l'adolescent et de l'adulte, traumatismes crâniens).

d) Mentionnons enfin l'agressivité que l'on peut rencontrer au cours de toutes les psychoses chroniques évolutives : schizophrénie, psychose hallucinatoire chronique, où

elle est parfois dictée par les «voix» qu'entend le sujet; persécutés-persécuteurs de toute nature, érotomanes; délire de préjudice des psychoses séniles, délire de jalousie et de persécution des alcooliques chroniques, etc. La condition hypersthénique ou hyposthénique du sujet fera varier la charge agressive du comportement.

4° Thérapeutique et conduite à tenir. - L'agressivité constitutionnelle est justiciable des médications anti-épileptiques. Dans les formes paroxystiques, l'emploi des narcoleptiques (Largactil, Réserpine) peut rendre de grands services ; s'il y a une base affective et anxieuse, l'emploi des tranquillisants pourra suffire. S'il y a un traumatisme psychique récent, la subnarcose barbiturique peut amener rapidement la détente. Dans les formes permanentes graves avec ou sans oligophrénie, la psychochirurgie peut provoquer un apaisement prolongé et même durable.

Quand l'agressivité accompagne une psychose émotive ou une psychonévrose, on pourra tirer grand bénéfice, si le sujet n'est pas trop âgé, d'une cure psychanalytique, si elle est possible et s'il n'y a pas une structure psychosique trop consolidée. Ces conditions de la cure psychanalytique ont été bien étudiées par S. Nacht et aussi par Lacan (Revue fr. de Psychan., juillet-sept. 1948).

Van der Host, d'Amsterdam, a étudié les rapports de l'agressivité et du délire dans la perspective existentielle (Ev. psych., oct.-déc. 1950).

Ajoutons en terminant que les conditions de vie et l'hygiène mentale peuvent beau¬coup pour éviter les paroxysmes. Mais surtout l'alcool devra être interdit à tous ces sujets.

Ant. Porot

amour et femmes

« Les amours les plus durables naissent souvent de mouvements spontanés, et avoués, de répugnance et d'agressivité réciproques. » (Maurice Champagne, poète et écrivain québécois, en 1936 et mort en 1998. Lettres d'amour). Image : © Megan Jorgensen

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