Abréaction

Le terme d’abréaction peut s’appliquer d’une façon générale à toute réaction d’extériorisation par laquelle un sujet se libère d’un refoulement affectif plus ou moins ancien et plus ou moins profondément enfoui dans son subconscient.

Les impressions pénibles qui ont déterminé le refoulement peuvent être camouflées ou dissimulées derrière un comportement en apparence normal ; parfois, elles commandent soit un état névrosique ou psychonévrosique, soit un état psychasthénique (obsessions, phobies, impulsions), tous états dont l’origine échappe à première vue. Le mécanisme de refoulement ou de conversion a été, soit brutal à la suite d’une émotion-choc ou d’une terreur anxieuse (psychoses de guerre), soit insidieux et térébrant comme dans certains conflits prolongés.

L’abréaction peut être parfois spontanée ou accidentelle ; elle peut être aussi provoquée. Certaines réactions coléreuses ou impulsives, apparemment immotivées, certaines décharges hystériformes, certaines explosions verbales ou certains gestes d’aspect libératoire ne sont souvent que des phénomènes d’éruption du subconscient affectif.

On peut voir aussi, après la dissolution de conscience provoquée par un électrochoc ou un coma insulinique et au moment du réveil, le sujet avoir brusquement des réactions à caractère explosif au cours desquelles il étale spontanément les conflits affectifs ou les sentiments térébrants qui végétaient dans son subconscient et causaient la psychose ou la psychonévrose pour laquelle on le traite (catharsis). Ce jaillissement spontané d’une formule instinctivo-affective éclaire alors grandement le diagnostic et la vraie nature de la maladie en cause.

Mentionnons aussi, parmi les abréactions accidentelles, celles que l’on voit surgir à l’occasion de libations alcooliques qui exaltent la personnalité profonde du sujet et provoquent de faciles confidences (in vino veritas).

L’abréaction provoquée a été systématiquement employée depuis quelques années grâce à des techniques spéciales. La thérapeutique moderne a appelé à son secours un certain nombre d’agents chimiques capables, par une action cathartique, de dissoudre la conscience jusqu’à un certain degré et d’ouvrir aisément les portes du subconscient H. Claude avait utilisé l’éthérisation chez les déments précoces pour les sortir momentanément de leur autisme et de leur introversion ; la scopo-chloralose avait été utilisée par Baruk chez les hystériques dans le même but de détection. J. Delay a préconisé le choc amphétaminique par injections intraveineuses massives de 20 à 30 mg d’amphétamine pour provoquer l’extériorisation de certaines réticences schizophréniques ou briser certains blocages pithiatiques.

On utilise actuellement la subnarcose aux barbiturates qui connaît une grande faveur et a suscité de nombreuses controverses médico-légales.

Ant. Porot

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« Lorsqu'un changement s'effectue d'une manière suffisamment lente, il échappe à la conscience et ne suscite la plupart du temps aucune réaction, aucune opposition, aucune révolte. » (Olivier Clerc, philosophe et journaliste français). Image : © Megan Jorgensen

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