Aboulie

C’est le ralentissement et l’insuffisance de la volonté, particulièrement dans le passage de l’idée à l’acte. P. Janet distinguait une aboulie motrice (qui correspond à la définition ci-dessus) et une aboulie intellectuelle due au fléchissement de l’attention volontaire que l’on rencontre à des degrés divers dans le doute, la confusion mentale, etc.

En pratique, il convient de ne parler d’aboulie que lorsque l’idéation est conservée, logique et consciente. C’est pourquoi la stupeur, l’inertie du confus et du dément ne doivent pas être rangées sous le vocable d’aboulie.

A un degré léger, l’acte volontaire devient seulement pénible, lent, mal soutenu. Dans les formes graves, les actes les plus élémentaires deviennent impossibles aux malades qui abandonnent toute activité sociale et, jeunes encore, arrivent à vivre confinés au lit (manie lectuaire). P. Janet, Seglas font remarquer, avec juste raison, que chez l’aboulique, les actes anciens sont encore possibles, par automatisme, alors que les actes nouveaux nécessitent un effort d’initiative au-dessus de ses possibilités.

Séméiologie : Les aboulies se rencontrent dans tous les états de dépression et d’inhibition, légers ou profonds, constitutionnels ou acquis. Le type le plus net et le plus fréquent est l’aboutie du mélancolique, dont la volonté reste inhibée tant que dure l’accès. Ces malades, très conscients de leur stagnation intellectuelle et motrice, restent des semaines et des mois dans leur inertie, incapables de tout effort, ressentant souvent de façon très vive et très douloureuse leur impuissance dont ils s’accusent et qui sert souvent de thème délirant.

Aujourd’hui nous possédons dans l’électrochoc un moyen puissant de réduire à quelques jours ou tout au plus à quelques semaines ces accès de mélancolie qui pouvaient durer autrefois de longs mois.

Une inhibition plus active de la volonté pouvant aller jusqu’au négativisme, à un véritable « barrage de la volonté », se voit fréquemment dans certaines formes ou à certains moments de la schizophrénie.

La neurasthénie acquise (à substratum physique) compte un certain degré d’aboulie consciente comme symptôme important.

Nombre de commotionnés sont restés des ralentis psychiques et des abouliques.

La dégradation morale et physique, entraînée par les toxicomanies et, en particulier, par l’alcoolisme, engendre des aboulies graves.

Il y a enfin des aboulies constitutionnelles. Certains sujets, à l’intelligence suffisante, restent toute leur vie des êtres mous et paresseux incorrigibles, sans ressort, incapables d’un effort d’adaptation sociale.

Dans d’autres cas, l’aboulie, chez certains sujets, est le résultat d’une constitution mentale qui les maintient dans le doute, l’incertitude, l’hésitation. Malgré un état prolongé de délibération et ne sachant (comme l’âne de Buridan) quelle détermination prendre, ils restent dans l’indécision, l’inaction. Ils rentrent dans le vaste groupe des psychasthéniques.

Enfin, il y a des aboulies systématisée» (P. Janet) : l’impuissance de la volonté ne se révèle que dans l’accomplissement de certains actes particuliers et entre dans la constitution des phobies et des obsessions.

L’éducation et le milieu jouent un grand rôle dans la formation de la volonté et de l’esprit de décision et la psychanalyse permet souvent de détecter un complexe affectif qui a inhibé profondément certains sujets. Aussi peut-on, dans certains cas, obtenir chez quelques-uns d’heureux résultats par une psychothérapie en profondeur. L’entraînement étant pour beaucoup dans le développement de la volonté, on s’explique que certaines disciplines passives ou certaines routines professionnelles, en exagérant la soumission et en développant la crainte des responsabilités, tuent les faculés d’initiative et d’énergie, aboutissant à une impuissance progressive de la volonté.

Certains cas peuvent poser de délicats problèmes d’estimation médico-légale (mise à la réforme, par exemple).

Mécanismes hypobouliques. - Rappelons aussi qu’à côté des aboulies globales proprement dites, Kretschmer, dans sa Psychologie médicale (10e éd. allemande, trad. française, Doin éd., 1956), a décrit ce qu’il appelle des « mécanismes hypobouliques » dans lesquels il fait entrer des formes de motricité secondaires probablement d’origine striée, échappant à la direction consciente et au contrôle de la volonté : mouvements rythmiques des syndromes catatoniques ; tempête motrice et panique des crises hystériques ; attitudes négativistes, phénomènes expressionnels de suggestions. Cet auteur envisage comme hypothèse explicative l’existence de circuits psychiques « valables aussi bien pour les phénomènes de reproduction que pour ceux de l’expression ». Chez l’homme normal, ces circuits psychiques, en couches étagées, « travaillent en commun », en liaison et en harmonie parfaites ; mais peuvent se dissocier sous certaines influences, morbides en général.

Ant. Porot

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« La volonté est l'intelligence et l'intelligence est la volonté. » (Jean Buridan, philosophe scolastique français). Image : © Megan Jorgensen

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