Bouchon de Darien

Située à l’est du Panama, le bouchon de Darién (tapón del Darien, en espagnol on encore Darién Gap, en anglais) est une région qui sépare ce pays de la Colombie. C’est l'un des endroits les plus dangereux au monde qui ne comporte aucune infrastructure (mais on peut tout de même aller d'une côte à l'autre du Panama dans la jungle). Il s’agit d’une zone marécageuse et couverte de denses forêts qui occupe une portion de l’isthme de Panama, d'environ 160 kilomètres de long et 50 kilomètres de large.

Ce secteur ne possède aucune route et on n’envisage d’y ouvrir une voie de communication dans un futur plus ou moins prochain. C’est le seul maillon de l’autoroute panaméricaine qui n’est encore pas été achevée.

Le bouchon de Darién sépare donc l'Amérique du Nord (et l’Amérique centrale) de l'Amérique du Sud.  Du côté panaméen, le bouchon recouvre la province de Darién et des comarques d'Emberá-Wounaan et de Kuna Yala. En Colombie, ce territoire appartient administrativement au département de Chocó, où le delta de la rivière Atrato crée un marais plat d'au moins 80 km de large, la moitié sous forme de marécages.

Par contre, le côté panaméen est formé plutôt d'une forêt tropicale humide montagneuse. Ici, les montagnes et les vallées se succèdent et le sommet du Cerro Tacarcuna (1845 mètres) est la plus haute montagne du secteur.

Deux parcs nationaux occupent une partie de ce vaste territoire : le parc national de Darién du côté panaméen, créé en 1980, d’une superficie de 5790 kilomètres carrés, et le parc national de Los Katíos en Colombie. Notons en passant que le parc Darién est le plus grand parc national d'Amérique centrale.

Quant à la population de la région, ces territoires sont peuplés par des Indiens des tribus Emberás, Wounaans et Kunas. La plupart des communications s’effectuent en petites embarcations suivant des cours d’eau. La ville d'Yaviza est la seule ville de la région. Cette localité s’étend le long des rives de la rivière Tuira, près de son confluent avec la rivière Chucunaque. On y compte 1800 résidents et cette population est plus ou moins stable depuis des dizaines d’années. Dans les environs et sur les terres communautaires des Indiens, on cultive le maïs, le manioc, la banane et la banane plantain sont cultivés dès que le terrain permet de le faire.

Ce secteur du Panama est d’autant plus dangereux que sur tout le territoire du bouchon de Darien sont actives des groupes rebelles colombiens. C’est l’une des raisons de pourquoi on n’y entreprend aucune construction et on contourne la région en avion ou en ferry qui relient le Panama à la Colombie. La grande autoroute panaméricaine, un vaste réseau avec de nombreuses ramifications et d’une longueur totale d’environ 50 mille kilomètres, est interrompue dans cette région et c’est le seul tronçon qui ne permet pas au voyageur de parcourir le continent américain depuis le nord du Canada jusqu’au sud du Chile. Sur le côté colombien, l'autoroute se termine au village de Lomas Aisladas, à 27 kilomètres à l'ouest de la ville de Barranquillita. Du côté panaméen, le terminus est situé à dans la ville d’Yaviza. Les deux terminus sont distants de seulement cent kilomètres à vol d’oiseau ! Mais on espère que le chaînon manquant de l’autoroute transaméricaine s’achèvera un jour.

Fait historique curieux : La première traversée en auto du bouchon de Darien a été effectuée par une Land Rover et une Jeep lors de l'expédition Trans-Darién. L’expédition a été conduite par le panaméen Amado Araúz, sa femme Reina Torres de Araúz, l'ancien SAS britannique Richard E. Bevir et l'ingénieur australien Terence John Whitfield. L’équipe quitte la ville de Chepo au Panamá le 2 février 1960 pour atteindre la ville de Quibdó en Colombie le 17 juin 1960. Il leur a fallu 136 jours pour traverser cette bande étroite de terre, soit les autos ont avancé en moyen à la vitesse de 200 mètres l’heure! Et ça qu’ils ont effectué une bonne partie de la distance en naviguant sur la rivière Atrato, située en Colombie!

Quelques autres tentatives de traverser ce secteur ont échoué. Entre 1985 et 1987, une première traversée motorisée intégralement terrestre est réalisée (c'est-à-dire sans utiliser de bateau pour traverser les marécages). À cette occasion, Loren Upton et Patty Mercier traversent les marécages d’une longueur de 125 kilomètres en 741 jours, c’est-à-dire, le trajet se fait à 147 mètres par jour !

Mais les guerrilleros et les habitants du secteur franchissent la région à pied sans problèmes, de quoi imposer le respect.

Bref, le bouchon de Darién est tout une anomalie. À l'époque où l'on creuse un tunnel sous la Manche, le tunnel du Seikan au Japon, le canal de Panama… cet isthme reste infranchissable.

bouchon de darien

Littoral du côté panaméen. Photo : © Univers.GrandQuebec.com

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La jungle et le marécage commencent ici. Photo : © Univers.GrandQuebec.com

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