Église du Saint-Sépulcre

Par Eugène Saint-Jacques, M.D.
L`Action Universitaire, Volume 6, numéro 1, septembre 1939

Et maintenant rendons-nous à l'église du Saint-Sépulcre.

Par la Voie Douloureuse suivie par le Christ portant la Croix Sacrée et aujourd'hui ensevelie sous la poussière et les pavés entassés par les siècles, acheminons-nous vers le Golgotha.

Des pierres inscrites aux murs, le long de la route, nous indiquent les épisodes de la montée douloureuse. Chaque jour, à trois heures, sous la conduite des Franciscains, les chrétiens dévots refont la marche pénible du Christ. Par des ruelles montantes et tortueuses, on arrive finalement à l'église du Saint-Sépulcre.

Lorsque Constantin proclama le Christianisme, religion d'état, dans l'Empire romain, qui remplacerait à l'avenir les idoles païennes, l'évêque de Jérusalem, Malachie, réclama au Concile de Nicée, en 325, la découverte et la conservation des Lieux Saints. Constantin en ordonna le dégagement du Golgotha et du Saint-Sépulcre - et, pour les protéger, fit ériger la première basilique octogonale. En même temps, sa mère. Sainte Hélène découvrait dans une crypte la vraie Croix. Lorsque les Croisés, à leur tour, devinrent maîtres de Jérusalem, ils trouvèrent trop modeste l'église déjà vieillie et édifièrent la basilique actuelle. Pénétrons-y. Deux musulmans sont là à l'entrée gardant le saint lieu; voilà des siècles que leur famille a reçu du Calife Saladin le droit de garde.

Il fait sombre, la lumière ne pénètre que par les vitrages du haut. La nef est octogonale; un ambulatorium court tout à l'entour. Le Maître-autel est d'une richesse inouïe, présentant des bas-reliefs d'or massif, dons de l'empereur de la Russie orthodoxe. Des choses étranges nous frappent, dès l'entrée.

Nous y étions revenus pour une seconde visite à cinq heures de l'après-midi afin de revoir, dans le recueillement, ces lieux sacrés. A la chapelle du Golgotha, là-haut, où nous allons monter, des Grecs de l'église orthodoxe célèbrent leur office, perdus sous des chasubles d'or. A la chapelle du Saint-Sépulcre, le clergé arménien, coiffé d'un chapeau noir tuyauté, célèbre à sa manière. Plus loin, dans la chapelle de Sainte

Marie Madeleine, les Franciscains célèbrent aussi un salut solennel. Tout cela apparaît étrange, surtout quand on apprend que les trois religions - catholique, grecque orthodoxe et arménienne - se jalousent terriblement, réclamant chacune pour soi le moindre souvenir du temps du Christ.

Par un escalier de quelque vingt marches on monte au Golgotha. Trois autels richement dotés, nous font face : celui des grecs orthodoxes, celui de La Madone, celui du Crucifiement. On nous montre, sous verre, dans le pavé un trou dans le roc, où avait été planté le gibet du Christ, d'après la tradition, A côté, la fissure dans le roc se serait produite au moment de la mort du Christ, d'après Saint-Mathieu. Descendant du Golgotha, nous rencontrons la pierre de fonction, où fut déposé le corps du Christ pour être oint avant d'être mis au tombeau. Onze lampes y sont suspendues; trois pour chacun des cultes susdits. Et deux autres, l'une au nom des protestants, l'autre pour les coptes. Malheur à qui en dérangerait l'ordonnance.

Tout près - et bien dégagé - le roc du Saint-Sépulcre, formé de deux chambrettes exiguës. La première - celle de l’Ange - où l’ange serait apparu aux Saintes Femmes au matin de Pâques - la seconde, la chapelle de l’ensevelissement, où le roc est protégé par un revêtement de marbre contre les spoliations des pèlerins.

Enfin, par un sombre escalier, on descend à la crypte, où dans une caverne Sainte Hélène découvrit la Vraie Croix. On sait quel miracle en assura l'authenticité ; à son toucher, un infirme fut immédiatement guéri.

Voisinant avec la nef, la chapelle catholique de Sainte-Madeleine, édifiée en souvenir de l'apparition, à celle-là qui avait tout abandonné pour suivre le Maître, du Christ ressuscité.

Pour nous aider dans la visite des Lieux Saints, il faut les yeux de la Foi, car la légende ici est riche et parfois nébuleuse: tant de siècles ont glissé sur ces grands événements. Les Pères Franciscains, qui ont la garde des Lieux Saints, ont fait un admirable travail de recouvrement et continuent à les garder avec un soin jaloux et pieux. Les fouilles archéologiques qu'ils ont poursuivies avec d'autres chercheurs ont mis à jour plus d'un souvenir précis des temps bibliques. La chrétienneté leur doit beaucoup pour leur travail éclairé.

clocher du st sepulcre

Le clocher de l'église du Saint-Sépulcre. Photo : © Zvi Kaplan

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