Cycles solaires

Les cycles solaires ont aussi un effet sur le climat

L'effet de serre ne serait pas la seule cause du réchauffement climatique, selon Paul Charbonneau.

On a peut-être disculpé un peu trop rapidement le Soleil quand on a désigné les facteurs potentiels du réchauffement climatique.
Sans vouloir donner raison aux adversaires du protocole de Kyoto, Paul Charbonneau, professeur au Département de physique, croit que l'astre du jour peut lui aussi nous jouer de vilains tours.

« Je serais extrêmement surpris si l'augmentation du gaz carbonique dans l'atmosphère n'était pour rien dans le réchauffement climatique, mais on ne peut pas dire non plus que le Soleil n'ait rien à y voir II est possible que les phénomènes de la haute atmosphère qui ont un effet sur le climat soient touchés par l'activité solaire », affirme le physicien.

ÉTOILE VARIABLE

« Le Soleil est une étoile variable, explique le professeur, ce qui veut dire que l'intensité de son activité n'est pas toujours la même et que sa luminosité varie d'autant. »

Les variations de la luminosité sont dues à des « taches sombres » à la surface du Soleil. Ces zones émettent moins de lumière parce que leur température est plus froide que le reste de la surface. « Elles sont produites par des champs magnétiques de 10 000 à 20 000 fois plus intenses que le champ magnétique terrestre et elles ralentissent le transport de l'énergie provenant des couches profondes du Soleil », précise Paul Charbonneau.

Leur durée de vie peut aller de quelques heures à plus d'un mois. Leur nombre fluctue également pour atteindre un maximum tous les 11 ans environ.

Curieusement, ce sommet est associé à une plus forte luminosité. « C'est parce que les champs magnétiques entraînent une diminution de la densité de l'atmosphère du Soleil, ce qui permet à la lumière de s'échapper plus facilement, mentionne-t-il. De plus, en se désintégrant, les taches sombres donnent naissance à des structures plus petites mais plus brillantes que l'ensemble de la surface. »

EFFET SUR LE CLIMAT ?

La variation de la luminosité provoquée par ce cycle n'est que de 0,1 % sur Terre. Ce taux est jugé trop faible pour agir directement sur le climat et c'est ce qui a fait dire à certains que l'activité solaire n'est pas en cause dans le réchauffement climatique. Mais, selon Paul Charbonneau, ce jugement serait trop hâtif.

« L’augmentation du nombre de taches va de pair avec une hausse des éruptions, qui propulsent des milliards de tonnes de plasma influant sur la chimie de la haute atmosphère. Les émissions d'ultraviolets et de rayons X ont quant à elles un effet direct sur la couche d'ozone, et même une faible variation de leur proportion peut avoir une incidence. Certains chercheurs soutiennent que l'ensemble des rayons cosmiques pourrait aussi avoir un effet sur la production de nuages. »

La haute atmosphère est la zone située au-delà de 20 km d'altitude, alors que les observations des climatologues portent sur les phénomènes de la basse atmosphère, compris entre 10 et 12 km.

« Il y a un trou entre les deux et l'on ne sait pas quelles répercussions les éléments de la haute atmosphère peuvent avoir sur les phénomènes climatiques. Il est possible que les réactions qui s'y déclenchent soient associées au climat et que ces réactions soient directement influencées par le Soleil. »

Le professeur appuie cette hypothèse notamment sur des corrélations établies entre deux périodes d'absence de taches solaires (de 1400 à 1510 et de 1545 à 1715) et un refroidissement du climat. L'Europe, et peut-être toute la planète, a alors vécu ce qu'on appelle le « petit âge glaciaire ».

Par ailleurs, les Vikings cultivaient la terre au Groenland au 12e siècle et de grandes sécheresses ont conduit à la disparition de peuples autochtones dans le sud-ouest des États-Unis. Cette période est connue sous le nom de « maximum médiéval ». L’hypothèse que ce réchauffement soit lié à une augmentation de l'activité solaire ne peut être exclue, selon Paul Charbonneau.
« Le système climatique est très complexe et instable. Plusieurs phénomènes surviennent d'eux-mêmes et il existe des sources naturelles de variabilité climatique à l'égard desquelles on ne peut rien. El Nino en est un exemple », souligne-t-il.

En revanche, nous pouvons avoir une prise sur certaines causes du réchauffement. Le professeur donne à titre d'exemple le chlorofluorocarbone, ce gaz de refroidissement qui détruit la couche d'ozone. « En trois ans, nous avons adopté des règles pour bannir ce gaz dont la quantité dans l'atmosphère a maintenant baissé de 1000 fois, ce qui permet au trou de la couche d'ozone de se résorber »

Daniel Baril

Les Diplômés, printemps 2007, #412

taches solaires

Les taches solaires, dont la dimension peut atteindre plus de dix fois le diamètre de la terre. Sont accompagnées d’une augmentation des éruptions de plasma

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