Vaincre la mort

Le peuple ancien. Le plus ancien. Il y a des siècles et des siècles, il est venu du sud où il avait vécu tranquille au cours d’autres siècles. Un jour, la terre se mit à trembler et à vaciller. C’est alors que survinrent le grand froid et les ténèbres, et les tempêtes glacées. Et une grande partie de mon peuple périt. Le restant de la population s’embarqua sur des bateaux pour se rendre au nord, emmenant avec elle les vestiges du peuple serpent qui lui avait enseigné l’essentiel de son savoir. Et la Mère est la dernière représentante de ce peuple.

« Les gens étaient venu s’installer là. À cette époque, la mer était proche et les montagnes n’étaient pas encore nées. Ils découvrirent que des hordes de Xinlis occupaient leur territoire. Ils étaient grands, bien plus grands que ceux de maintenant. Les gens de ma race détruisirent la plupart d’entre eux et élevèrent et dressèrent pour leur propre usage ceux qu’ils avaient épargnés. Et pendant une ère, ils vécurent ici comme ils vécu  dans le sud, où leurs maisons étaient maintenant enfouies sous des montagnes de glace. »

« Puis il y eut des tremblements de terre et les montagnes commencèrent à se dresser. La science de ces gens n’était pas assez forte pour qu’ils puissent empêcher les montagnes de naître, mais ils pouvaient contrôler leur croissance autour de ville. Lentement, régulièrement, au cours de notre ère. Les montagnes gagnèrent en hauteur. Et, finalement, elles ceignirent Yu-Atlanchi comme un vaste mur, un mur  qu’il était impossible de franchir. Mais mon peuple, s’en moquait ; en réalité en s’en réjouissait, parce qu’à cette époque, les Seigneurs et la Mère avaient fermé la porte de la mort.  Et mon peuple ne se souciait plus de se rendre dans le monde extérieur. Et c’est ainsi qu’il vécut pendant d’autres siècles encore.

Elle redevint muette, songeuse. Grayndon la regardait, luttant pour dissimuler son incrédulité. Un peuple qui avait vaincu la mort ! Comment croire en cela ? Un peuple si vieux que ses antiques cités étaient recouvertes par les glaces de l’Antarctique ! Cela, à la rigueur, c’était possible. Il est certain que le continent antarctique avait jadis bénéficié des rayons d’un chaud soleil. La preuve en était donnée par les fossiles de palmiers d’autres végétaux tropicaux qu’on y avait trouvés. Il est certain que ce qu’on appelle aujourd’hui les pôles ne l’ont pas toujours été. Que le changement soit intervenu à la suite d’une brusque inclination de l’axe de la terre, ou par un rajustement progressif, c’est un point sur lequel les scientifiques ne sont pas d’accord. Mais quoi qu’il se soit produit, cela a dû se passer il y a au moins un million d’années. Si l’histoire de Suarra est vraie, si elle ne se fait uniquement l’écho d’un mythe, l’origine de l’homme remonte à des temps incroyablement reculés.

Et pourtant… il se pourrait… les mystères ne manquent pas… des légendes de territoires disparus et de civilisations oubliées qui doivent trouver quelque fondement dans la réalité… la Terre Mère de Mu, l’Atlantide, la race inconnu qui régna sur l’Asie, venu de Gobi, alors que ce sinistre désert était un vert paradis… oui, c’était possible. Mais que ce peuple ait vaincu la mort ? Non ! Ça, il ne pouvait pas le croire.

(Le Visage dans l’abîme, Abraham Merritt)

vaincre la mort

Qu'un peuple ait vaincu la mort, non, il ne pouvait pas le croire. Illustration : Univers.GrandQuebec.com

Lire aussi :

Partager|