Les dialogues Timée et Critias

Le récit le plus ancien que l’on ait au sujet de l’Atlantide nous vient de deux dialogues de Platon, qui vécut au Ive siècle avant Jésus-Christ. Ce sont les dialogues Timée et Critias.

Dans le premier, Platon ne fait qu’esquisser l’histoire de l’île Atlantide. Il y évoque sa guerre contre les Athéniens et sa disparition finale sous les eaux. Le Critias, composé ultérieurement, revient en détail sur le « domaine de Poséidon », ses ressources, sa topographie, ses rois. Ce récit s’achève toutefois brutalement, avant même le châtiment final infligé aux Atlantes par les Dieux.

Ces deux dialogues ont donné naissance à une longue polémique qui, aujourd’hui encore, divise les lecteurs en deux camps : les uns perçoivent l’Atlantide comme une légende. Les autres ont la vision d’un paradis terrestre, de cités dorées dormant au fond de l’océan, d’un continent s’affaissant dans un grand cataclysme naturel. Ils parlent de survivants colonisant d’autres parties du monde, afin de sauvegarder une culture qui est devenue la nôtre.

Platon raconte que l’océan occidental, plus de neuf mille ans avant son époque, contenait un archipel dont une île était nommée Atlantis. Cette île était située, toujours selon Platon,  « à la bouche de l’Atlantique », éloignée à une distance de cinq milles du littoral. Les habitants de cet Eldorado avaient doté leur ville principale d’un grand port artificiel et d’un gigantesque temple consacré à Poséidon.

« Ayant conquis la Lybie jusqu’à Égypte et l’Europe jusqu’à la Tyrrhénie », les Atlantes voulurent s’emparer d’Athènes, mais ils subirent la défaite.

Poséidon décida alors de le châtier pour être sortis de leur royaume « atlantique » et « récompensa » tout l’art qui avait été mis en œuvre pour son temple en provoquant des tremblements de terre et des inondations qui engloutirent l’Atlantide et toutes les autres îles avoisinantes.

Le récit se termine par un silence narratif. Le Critias ne parle pas en détail sur la chute des Atlantes, évoquée sans pourtant être explicitée. Platon ignorait certainement les détails de la défaite des Atlantes devant les Grecs, de leur métamorphose morale, de leur disparition sous les eaux.

L’unique indication avancée par l’auteur du Timée sur l’engloutissement de l’île alimentera les querelles érudites pendant plus de vingt siècles : « … dans l’espace d’un seul jour et d’une seule nuit néfastes…, l’île Atlantide, s’étant abîmée dans la mer, disparut de même. Voilà pourquoi, aujourd’hui encore, cette mer-là est impraticable et inexplorable, la navigation étant gênée par les bas-fonds vaseux  que l’île a formés en s’affaissant. » (Timée, p. 408).

(Paradoxalement, la lecture du Timée est gommée par le Critias, où Platon évoque la splendeur de l’Atlantide, et non sa chute, ce qui insinue dans l’esprit du lecteur une impression de retrouver une île qui vient de ressurgir après son engloutissement).

Et l’importance du mythe de l’Atlantide se mesure à l’aune des innombrables commentaires sur l’empire atlante, périodiquement réitérés dans l’histoire.

Mais si cette île des Atlantes avait vraiment existé ? À partir de cette hypothèse, le long de l’histoire moderne, les théories cataclysmiques n’ont cessé de se succéder. La science actuelle penche pourtant en faveur d’un mythe inventé par Platon d’une cité grecque habillée à la manière barbare pour donner corps à la Cite de l’Homme (J. Servier, Histoire de l’Utopie, Gallimard, Paris, 1967, page 46), société idéale de type socialiste.
En effet, opposant le tableau d’une cité parfaite (l’Athènes archaïque) à celui d’une cité déchue (Atlantide), le texte de Platon juxtapose réalité et fiction. Ces textes constitueraient une allégorie didactique destinée à vanter les mérites de l’Empire athénien, alors en décadence. Ainsi se prépare le terrain pour les utopies des siècles à venir.

frozen in time

Mais la cité imaginaire décrite par le philosophe, est-elle purement imaginaire ? Illustration : Frozen in Time © Megan Jorgensen

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